Vous allez bientôt accueillir vos élèves après de longues semaines de confinement. Ce retour en classe sera marqué par l’insécurité, la vôtre, celle des élèves et de leurs parents.

Claire Beaumont Claire Beaumont
Titulaire de la Chaire de recherche bien-être à l’école et prévention de la violence à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval

Votre première mission consistera sans doute à rétablir ce climat de sécurité physique et émotionnelle nécessaire aux apprentissages scolaires et sociaux. Il faudra apprivoiser votre nouvel environnement, réapprendre aux élèves à vivre ensemble, resserrer vos liens… en demeurant distant physiquement. Les parents auront besoin plus que jamais d’échanger avec vous pour rester en contact avec le quotidien de leurs enfants. 

L’école ne sera pas la même, elle devra s’adapter à la réalité, les règles et les codes de vie devront être révisés, les routines, réenseignées.

Bien que la charge vous paraisse lourde et que la situation vous oblige à revoir vos pratiques, qui sait, peut-être les transformerez-vous en changements bénéfiques.

Un climat scolaire sécurisant pour développer la résilience

Une façon de rétablir un climat scolaire positif et de veiller au bien-être de chacun est de développer leur résilience, cette combinaison d’aptitudes qui permet aux individus de rebondir face aux épreuves, d’apprendre de leurs échecs, d’être motivés par les défis et de croire en leurs propres capacités à faire face aux épreuves de la vie.

Trois principales conditions peuvent aider une personne ou un groupe à affronter une épreuve et à se reconstruire une vie satisfaisante. Le lien constitue la première source essentielle de résilience. Quel que soit le type de traumatisme vécu, pouvoir compter sur des relations humaines chaleureuses permet aux personnes éprouvées de ne pas se sentir seules.

La deuxième condition concerne le sens que chacun donne aux situations stressantes de la vie. Des évènements surviennent, dévastent, puis repartent. Que faire avec notre souffrance pour qu’elle ne soit pas vide de sens ? Que peut-on en retenir pour en sortir grandi ? C’est en cessant de focaliser sur le passé, de chercher à qui la faute et en se tournant vers l’avenir qu’on peut se rétablir. 

Enfin, la troisième condition qui nourrit la résilience est le cadre sécurisant, c’est-à-dire un environnement structurant qui fournit des repères clairs et des règles acceptées et partagées. Ces trois conditions se retrouvent dans plusieurs foyers où les enfants grandissent auprès d’adultes aimants, sécurisants et encadrants. Mais tous n’ont pas cette chance.

Vous qui travaillez dans les écoles constituez un maillon indispensable dans l’éducation de nos jeunes.

Devenez un tuteur de résilience, tissez des liens avec les enfants, fournissez-leur des repères sécurisants pour qu’ils donnent un sens aux épreuves présentes et à venir. Pensez à adapter les activités agréables prévues avant de les reporter, car on ne sait pas quand elles pourront avoir lieu. Ainsi, vous apprendrez aux enfants à vivre des émotions positives par-delà les épreuves.

Ce qui semble le plus certain actuellement, c’est qu’on n’est certain de rien ! Que ce soit cette pandémie qui nous oblige à vivre un nouveau confinement ou face à toute autre catastrophe possible, vous aurez pu apprendre à vos élèves à devenir plus forts et à danser sous la pluie au lieu d’attendre que la tempête passe. Mais oui, ça pourrait bien aller puisque vous y aurez contribué !

Je vous souhaite un excellent retour en classe, peu importe quand cela se produira.