Le gouvernement du Québec a dévoilé la semaine dernière son plan de déconfinement progressif et volontaire pour les enfants d’âge préscolaire et primaire, une nouvelle étape importante après des semaines de confinement à la maison.

Marie-Eve Brunet Kitchen Marie-Eve Brunet Kitchen
Maman et directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires famille

Cette annonce était très attendue par les Québécois, qui, après un mois et demi à la maison, ont maintenant une certaine idée de ce que les prochains mois pourraient leur réserver.

Mais au-delà de l’incertitude générale qui régnait jusqu’à tout récemment, le confinement obligatoire a apporté, dans nombre de chaumières québécoises, son lot de risques et de problématiques, particulièrement pour maintes familles en situation de vulnérabilité.

Enfants sous l’écran radar

Pendant que tous les yeux étaient rivés vers les hôpitaux et les CHSLD aux prises avec des éclosions meurtrières de COVID-19, une autre crise — celle-là beaucoup moins visible — devenait de plus en plus inquiétante alors que le confinement se prolongeait.

En temps normal, les enfants du Québec sont vus régulièrement par des animateurs, des éducateurs ou leurs enseignants, qu’ils soient en service de garde, dans un organisme communautaire famille, à l’école ou même lorsqu’ils participent à des activités extrascolaires.

En temps normal, ces adultes jouent un rôle important dans la vie des enfants, notamment auprès des jeunes vivant des situations qui peuvent compromettre leur sécurité ou leur développement, et ce, en étant à l’affût de signes de maltraitance, de violence ou de malnutrition, par exemple.

En temps normal, les parents qui vivent des difficultés à gérer leurs émotions ont accès à une panoplie de services publics offerts par une foule intervenants et d’instances psychosociales.

Mais pas au temps du confinement de la COVID-19.

En cette période de pandémie et de confinement obligatoire à la maison, tout ce réseau, tout ce filet social de prévention, ne peut plus signaler les situations inacceptables. Des jeunes se retrouvent ainsi isolés, voire en danger.

Une menace invisible

S’inquiétant de la baisse des signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) tandis que les situations de violence domestique risquent d’augmenter, l’Association des pédiatres du Québec a affirmé récemment, à juste titre, que « privés de contacts avec l’extérieur, bon nombre d’enfants vivent sur une bombe à retardement ».

Combien d’enfants sont actuellement en situation de détresse au Québec ? Nul ne saurait le dire avec certitude. La seule chose qui est sûre, malheureusement, c’est qu’il y en a.

Il est donc primordial de nous préparer, dès maintenant, à accompagner et soutenir ces enfants et leurs parents. Lorsque le déconfinement progressif débutera, il y a fort à parier que nous découvrirons collectivement la situation psychologique, physique ou financière précaire d’un grand nombre de familles.

Se tourner vers l’avenir

Les besoins sont déjà énormes et ils le demeureront dans les mois à venir pour les familles du Québec. Malgré toute la bonne volonté des intervenants et les efforts incroyables déployés jusqu’ici, force est de constater que ceux qui travaillent dans les domaines de la santé et des services sociaux ne pourront répondre seuls à cette forte demande à moyen et à long terme. Ainsi, les organismes communautaires famille (OCF) du Québec, forts d’une expertise reconnue en matière d’accompagnement des pères, des mères et des enfants, continuent d’adapter leurs services à la vitesse grand V et se préparent en vue d’un déconfinement progressif dans les prochaines semaines, et ce, tout en assurant la santé et la sécurité de tous.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a d’ailleurs annoncé vendredi dernier une aide supplémentaire de 5 millions de dollars afin de permettre aux OCF de partout au Québec d’assurer un soutien à des milliers de familles dans les prochaines semaines. Les actions des OCF sont essentielles tant pour les familles qui vivaient déjà avec des préoccupations multiples avant la crise que pour celles qui ont vu leur vie chamboulée par des pertes d’emploi ou une baisse de revenus, par exemple.

Ce soutien exceptionnel du gouvernement du Québec, en plus de confirmer sa grande confiance dans le rôle que jouent les OCF au quotidien, démontre toute l’importance qu’accordent nos décideurs publics au maintien et au renforcement du filet social autour des familles en ces instants critiques. En ce sens, on ne peut qu’applaudir leur volonté d’offrir aux parents et aux enfants du Québec toute l’aide et tous les outils dont ils pourraient avoir besoin pour traverser cette situation difficile et complexe.

Déconfiner pour la sécurité de nos enfants

Certes, il faudra bien mettre un terme au confinement obligatoire, un jour ou l’autre. La sécurité de tous les enfants est-elle une raison suffisante ? Poser la question, c’est y répondre.

Tout en respectant le rôle des parents et l’autonomie des familles, en faisant confiance au jugement des Québécois et en mettant en place les protocoles sanitaires appropriés, il est devenu nécessaire de préparer le Québec à entrer dans une nouvelle phase : celle du retour vers une certaine « normalité » qui, finalement, n’aura peut-être pas grand-chose de normal.