Cette lettre s’adresse à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy.

David Laferrière David Laferrière
Président du conseil d’administration, RIDEAU

La crise de la COVID-19 a durement éprouvé les citoyens et les entreprises, et le secteur de la diffusion n’a pas été épargné.

D’entrée de jeu, nous souhaitons souligner le leadership du gouvernement dans la gestion de la crise et la rapidité avec laquelle des mesures ont été implantées pour limiter la propagation de la maladie. À l’aube de notre huitième semaine de crise, les premiers signes de déconfinement apparaissent et nous avons besoin d’avoir une réponse claire quant à l’horizon d’ouverture de notre secteur afin d’accompagner adéquatement le public dans celle-ci.

RIDEAU est un regroupement de diffuseurs professionnels de spectacle qui fédère 170 membres représentant 350 salles de spectacles pluridisciplinaires et évènements, et ce, sur tout le territoire québécois. C’est 14 000 représentations de spectacle et 3,5 millions de spectateurs annuellement. Nos membres sont présents dans toutes les régions du Québec et sont un vecteur important du développement économique régional : leurs spectacles et autres manifestations culturelles permettent d’attirer la population en région. C’est sans compter les bienfaits psychologiques et sociaux des activités culturelles sur la population.

À notre grande surprise, notre secteur a été exclu de l’ordonnance d’annulation de tous les festivals et évènements culturels et sportifs jusqu’au 31 août, émise le 10 avril dernier.

Bien que cette exception semble une bonne nouvelle à première vue, elle a eu pour effet de plonger le milieu dans la noirceur. Tous nos membres s’entendent sur une chose : nous n’avons pas les ressources humaines, financières et techniques pour reprendre les activités prévues à nos programmations rapidement dans le contexte de cette crise.

Un mois de trop

À ce jour, les pertes de nos membres se chiffrent à 17 millions de dollars. Des milliers de billets sont déjà en circulation sans qu’on sache quoi en faire. Notre public nous demande des réponses depuis des semaines au sujet de ces billets, réponses que nous ne pouvons leur offrir. Mme la ministre, vous avez évoqué la semaine dernière un plan de reprise dans le milieu de la culture qui serait dévoilé en juin. Nous ne pouvons nous permettre d’attendre un mois de plus avant d’avoir un horizon d’ouverture : cette attente supplémentaire serait catastrophique pour la relation de confiance bâtie entre le public, les salles et les producteurs.

Malgré que nous sommes fébriles à l’idée de retrouver le public en salle, nous ne pourrons le faire du jour au lendemain.

Pourquoi ? Parce que rouvrir nos salles nécessitera, entre autres, de réembaucher les quelque 1600 personnes mises à pied, de s’assurer de la disponibilité d’équipements et de mettre en place des mesures efficaces de distanciation physique et d’hygiène. Les diffuseurs doivent s’assurer que le public pourra fréquenter les salles en toute sécurité, ce qui ne se fera pas en claquant des doigts.

Toutes ces préoccupations s’ajoutent au retard accumulé dans la vente de billets et pour la promotion des spectacles. Nous devrons sans aucun doute revoir complètement nos programmations 2020-2021, multipliant du même coup nos enjeux de billetterie.

Ces quelques inquiétudes s’ajoutent bien évidemment à une question sans réponse : le public acceptera-t-il de revenir dans les salles de spectacle dans ce contexte ?

Nous sommes conscients que le contexte est difficile. Nous comprenons que la situation est floue du côté de la reprise, et que personne ne peut prédire l’avenir ou même une potentielle deuxième vague. Toutefois, notre industrie a besoin d’avoir une réponse claire sur un horizon d’ouverture, afin de pouvoir travailler à celle-ci. Qu’elle soit en juillet, en août ou en décembre, nous devons connaître l’horizon pour réviser les calendriers, repartir le cycle de diffusion et donner une réponse claire aux producteurs et artistes avec lesquels nous avons déjà des contrats et au public qui détient des billets.

Mme Roy, le milieu de la diffusion des arts de la scène a besoin d’une réponse claire, et ce, avant le mois de juin. La situation est insoutenable et doit se régler rapidement. Elle ne peut plus durer. Nous aurons suffisamment de pain sur la planche pour reconstruire notre réseau de diffusion et rétablir la confiance du public lors de cette réouverture. Aidez-nous dès maintenant à travailler de manière constructive avec votre gouvernement afin de planifier la réouverture de notre secteur de manière cohérente et sécuritaire pour le public et les artistes.