Il est toujours possible de faire une bonne action même s’il aurait été préférable qu’elle ait eu lieu auparavant. L’appel à la mobilisation fait à la population puis aux médecins à la mi-avril pour apporter du soutien au personnel des CHSLD en est une éloquente illustration.

Marie-Jeanne Kergoat et Doris Clerc 
Respectivement chef du département de gériatrie et présidente du Conseil de médecins, dentistes et pharmaciens, CIUSSS Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

Certains ont comparé à un génocide l’ampleur de la fatalité que la COVID-19 a fait subir aux aînés dans son sillage, surtout dans la métropole et sa périphérie. À nos yeux, ce terme traduit davantage le ressentiment, la colère et la douleur éprouvés par les familles, les soignants et les médecins, car il serait absolument faux de croire qu’on a intentionnellement voulu sacrifier nos personnes âgées.

Cependant, on ne peut nier que ce virus a déjoué le réseau de la santé malgré ses préparatifs, et qu’il a causé un véritable désastre naturel, une hécatombe. On ne peut rien effacer, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Pour cela, il faut prêter main-forte, rapidement et de manière efficace.

Les CISSS et CIUSSS ont une structure qui englobe tous les volets de la trajectoire de soins et services de santé aux personnes âgées vulnérables : soins à domicile, qui se déploient également dans les résidences privées pour aînés et dans les ressources intermédiaires et de type familial, et centres d’hébergement et de soins de longue durée. Les aînés qui se retrouvent dans chacun de ces lieux de vie doivent recevoir les soins appropriés, incluant les soins de fin de vie. Compte tenu de l’ampleur de la propagation chez nos aînés, de l’impact du virus sur leur état de santé, ces soins sont devenus une tâche titanesque.

Besoins énormes

Actuellement, les besoins en soins de base et de fonctionnement au quotidien des aînés comme l’hygiène, l’habillage, l’alimentation, l’hydratation, la mobilité, les transferts et les déplacements sont énormes. Le confinement des dernières semaines montre bien les besoins de communication et de relations interpersonnelles chez les personnes âgées déjà trop souvent isolées.

Tout le continuum de soins vit actuellement un manque criant de personnel soignant pour évaluer, traiter et accompagner les personnes âgées touchées par le virus, sur place, dans leur milieu de vie.

La pénurie de main-d’œuvre, qui était présente avant la crise actuelle, touche principalement le personnel des soins infirmiers et les préposés, les besoins étant décuplés par l’intensité des soins à offrir aux patients atteints par la COVID-19, par le retrait forcé des employés à la suite d’une mise en quarantaine, ou par la défection de certains soignants soucieux de leur sécurité personnelle ou familiale.

Les soins requis sont des soins personnels de base habituellement réalisés par des préposés, des soins infirmiers et médicaux ayant trait à l’évaluation, au diagnostic de l’état clinique, et au traitement, donnés par les infirmiers et les médecins. Il faut aussi nommer les soins palliatifs de fin de vie, lesquels nécessitent une compétence spécifique et une grande agilité permettant d’agir au moment opportun pour soulager adéquatement la souffrance et la détresse respiratoire que cause la COVID-19. L’expertise et la collaboration des pharmaciens des CHSLD et des officines communautaires sont nécessaires, eux qui ont d’ailleurs répondu présents au rendez-vous. Les médecins de famille sont au cœur des soins médicaux prodigués à domicile et en hébergement.

Alors que la situation commençait à sembler désespérée à bien des endroits, l’appel du premier ministre a été porté à la population dans son ensemble, au monde de l’éducation, des sciences de la santé et… aux médecins spécialistes. Pourquoi à ces derniers ? Vraisemblablement parce qu’ils sont formés, que plusieurs sont disponibles, que leurs activités en milieu hospitalier sont réduites, qu’ils savent comment enfiler, porter et retirer des équipements de protection qui peuvent devenir un vecteur de contamination. Étudiants, retraités, beaucoup ont répondu à l’appel. Parce que chacun a dans sa vie l’image présente ou passée d’un aîné, parent ou grand-parent, dont il a peut-être un jour pris soin en le lavant, l’habillant, le nourrissant, le mettant au lit, l’embrassant, le protégeant, l’aimant.

La situation actuelle est loin d’être gagnée, mais elle montre que chacun peut faire une différence et que, lorsqu’il le faut à tout prix, l’union fait la force.

Nous sommes plus de huit millions. Et si on s’y mettait…