En temps de crise et de pandémie, les gouvernements, les tribunaux et les institutions publiques mettent en œuvre des plans d’urgence afin de communiquer des informations pertinentes aux citoyens et de les rediriger vers les services nécessaires.

Linda Cardinal et François Larocque
Respectivement professeure de science politique et professeur de common law, Université d’Ottawa

Ces communications et ces services sont importants pour garantir la santé et la sécurité publiques et s’assurer que personne ne sera laissé pour compte. La pandémie de la COVID-19 a toutefois révélé des lacunes importantes au chapitre des droits linguistiques qui, en définitive, compromettent l’intégrité de mesures qui sont prises pour répondre à la crise.

Au mois de mars dernier, Santé Canada a accepté de ne pas exiger d’étiquetage en français sur certains produits désinfectants en raison de la pandémie.

Le 28 avril, les produits nettoyants étaient aussi exemptés de l’obligation d’un étiquetage bilingue. Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a aussi laissé entendre que d’autres mesures semblables pourraient être prises en raison de l’urgence liée à la pandémie.

Des citoyens de second ordre

À l’extérieur du Québec, nous sommes nombreux dans les milieux francophones à nous indigner de la situation. Notre lien de confiance avec nos gouvernements repose largement sur leur capacité à respecter les droits fondamentaux et leurs obligations envers les minorités de langues officielles. C’est la raison pour laquelle l’exemption des exigences habituelles en matière de bilinguisme nous heurte de plein fouet.

Pour des raisons d’urgence, on abandonne l’engagement constitutionnel du Canada en matière d’égalité du français et de l’anglais, et par conséquent, on fait comprendre que les francophones de ce pays sont des citoyens de second ordre. C’était l’essentiel du message du président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson, dans son communiqué de presse pour dénoncer la décision de Santé Canada.

Certes, le premier ministre pourra tenir des propos contradictoires comme il l’a fait dans sa conférence de presse du 28 avril dernier et confirmer, d’une part, combien la situation est inacceptable et, d’autre part, soutenir que ces mesures sont nécessaires, car nous vivons une situation exceptionnelle. L’argument ne tient pas la route.

Les plans d’urgence en temps de crise et de pandémie doivent impérativement tenir compte de nos droits fondamentaux.

Les décisions prises au regard des langues officielles durant la crise sanitaire actuelle relèvent d’une triste tradition qui consiste à agir en anglais d’abord et ensuite de s’excuser pour l’absence du français. 

Encore une fois, on nous impose un compromis alors que les mesures d’urgence devraient servir à nous rassurer que nos droits et notre sécurité ne seront pas victimes, eux aussi, de la pandémie.