Alors que nous commençons à apercevoir la lumière au bout du tunnel et qu’il apparaît maintenant évident que nos médecins n’auront pas à choisir quel patient ils doivent sauver, les enseignants, eux, doivent choisir quels élèves ils devront sacrifier à la rentrée scolaire.

Marie-Josée Latour Marie-Josée Latour
Enseignante à Montréal

Mes collègues et moi apprenions en début de semaine qu’à notre école, nous devrons abandonner jusqu’à 60 % des services offerts aux élèves en difficulté pour l’an prochain. Concrètement, cela implique que nous devrons choisir entre enlever les services offerts aux élèves en difficulté d’apprentissage ou ceux consacrés aux élèves ayant des difficultés psychosociales.

C’était annoncé depuis un peu plus d’un an. La nouvelle méthode de calcul adoptée par le ministère de l’Éducation fait en sorte que certaines écoles considérées comme défavorisées depuis longtemps ne le seront plus. Non pas qu’elles ne seront plus défavorisées, elles ne seront simplement plus considérées comme telles.

Au cours de la dernière année, cette coupe de budget a été amoindrie par une entente permettant de reconduire une partie du budget alloué aux écoles défavorisées pour un an. Cette année tire à sa fin. Nous devons couper.

Vraiment ? Dans le contexte où le Québec est secoué par la bataille la plus importante de notre vie collective, pour paraphraser le premier ministre, allons-nous permettre que les enfants les plus vulnérables soient sacrifiés ?

Depuis le début de la crise de la COVID-19, le ministre de l’Éducation se veut rassurant : le cheminement scolaire des élèves ne sera pas compromis par la crise sanitaire sans précédent que nous vivons, même si les écoles devaient rester fermées jusqu’à la rentrée de l’automne.

Nous sommes d’accord avec lui. Mes collègues et moi serons en mesure de pallier la fin de l’année scolaire abrupte. Nous travaillons déjà d’arrache-pied et mettrons les bouchées doubles pour nous assurer que nos élèves passent eux aussi au travers.

Ça va bien aller… à condition de ne pas retirer à nos élèves les plus vulnérables leurs services professionnels. Ce sont leurs respirateurs à eux !