Face à la COVID-19, nos aînés ont malheureusement un pronostic défavorable. Les menaces auxquelles ils font face viennent de plusieurs directions. 

Serge Brazeau Serge Brazeau
Gériatre, président de l’Association des médecins gériatres du Québec

Plus fragiles physiologiquement, souvent entassés dans des milieux de vie communs avec un risque accru de contracter la maladie, ils sont aussi menacés par des décisions arbitraires concernant les soins offerts, souvent inférieurs à ceux offerts aux plus jeunes. 

Le système, qui montrait déjà des failles, risque fort de ne pas suffire à la tâche. Déjà insuffisant, le soutien aux aînés est encore réduit depuis le début de la pandémie, que ce soit à domicile, en résidence privée pour aînés (RPA) ou en Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). 

Certains malades sont déjà menacés autant par le manque de soutien à leur perte d’autonomie que par le virus.

Que disent les données ?

Les données actuelles font état d’un taux de mortalité d’environ 15 % chez les gens âgés de plus de 80 ans infectés par le coronavirus. Cependant, les études actuelles sur la COVID-19 chez les plus vieux montrent des données partielles et probablement tendancieuses. Une majorité des données provient de pays étrangers, où les conditions de vie et les systèmes de soins sont différents. 

Il faut également noter que la détection du virus est assurément plus grande chez les plus malades. Aussi, le taux de mortalité des plus âgés peut être faussé par des mesures de fin de traitement, souvent appropriées.

Nous avons trop peu de recul sur le devenir des aînés à la suite de l’admission aux soins intensifs ou de l’intubation à la suite d’une infection à la COVID-19. De manière générale, les données antérieures à la pandémie montrent des taux de survie et de retour à une fonction adéquate réduits chez les plus âgés. S’il y a nécessité d’intubation, les données sont pires encore. L’intubation, lorsqu’elle est prolongée, montre un risque de décès multiplié par quatre pour les personnes âgées.

Aussi, si les aînés réussissent à s’en sortir et à quitter les soins intensifs, ils ont, malheureusement, davantage de séquelles neurologiques, locomotrices et cognitives. Il est encore trop tôt pour déterminer combien souffriront de séquelles pulmonaires.

Hôpital ou CHSLD ?

Ne pas intuber, ne pas transférer, ne pas admettre aux soins intensifs ne signifie pas ne pas soigner. Pour les aînés infectés à la COVID-19, un transfert vers l’hôpital peut présenter autant de risques que de les garder au sein du CHSLD.

Ainsi, il est souhaitable de maintenir certaines personnes âgées dans leur milieu de vie, si les ressources le permettent et dans la mesure où la situation ne présente pas plus de risques qu’un transfert pour le malade, ni de risque de contamination potentielle pour l’équipe soignante. 

Bien entendu, pour ceux maintenus en CHSLD, il faudra s’assurer que les traitements médicaux et de support soient vraiment rendus disponibles. Il en est de même pour les soins de confort et les mesures palliatives, si indiquées.

Il faut remarquer qu’en CHSLD et dans certaines RPA, il existe déjà de bonnes pratiques suggérant des soins proportionnels qui évitent les transferts inutiles pouvant être source de souffrance pour les malades.

Enfin, si des complications surviennent, l’équipe traitante a la responsabilité de réévaluer les plans de traitement. Ainsi, certains patients pour qui les manœuvres maximales auront été débutées devront par la suite être placés en soins palliatifs.

Parlez à vos aînés

Après toutes ces considérations, je souhaite rappeler l’importance de discuter des directives anticipées et des soins de fin de vie avec vos aînés. Aux proches d’une personne inapte, je rappelle qu’ils sont tenus d’inférer la réponse du malade et de faire respecter son opinion.

Cette discussion délicate est néanmoins nécessaire, particulièrement en cette période difficile. Nous devons tous faire l’effort d’entamer et de répéter cette conversation avec nos proches.