Depuis le début de la pandémie de COVID-19, nous nous répétons comme un mantra que « ça va bien aller ». D’abord pour nous rassurer, puis pour essayer de nous en convaincre. Pour l’instant, on peut croire que ça va plutôt bien au Québec, car les hôpitaux ne sont pas surchargés. Malheureusement, ce n’est pas le cas dans les CHSLD.

David Lussier David Lussier
Médecin, Institut universitaire de gériatrie de Montréal

Des foyers d’éclosion sont présents dans plusieurs CHSLD de la région de Montréal, dont les soins de longue durée et les soins post-aigus de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal où, chaque jour depuis 12 ans, je suis fier de travailler, fier de faire partie de cette grande famille de soignants, de gestionnaires et de chercheurs dévoués au mieux-être des aînés.

Il est trop tard pour dire que « ça va bien aller » dans les CHSLD. Ça ne va pas bien. Du tout. Des centaines de résidants infectés, des dizaines de morts, des soignants d’abord inquiets puis épuisés, plusieurs employés infectés, un accès déficient aux équipements de protection au moment crucial, des équipements non adéquats ou de fortune. Et, surtout, des soignants qui voient mourir, un après l’autre, impuissants, des résidants auxquels ils s’étaient attachés. Les soignants, les gestionnaires et les employés de soutien se donnent corps et âme. Mais ça ne va pas bien. Du tout.

Les CHSLD sont l’angle mort du réseau. Alors que le réseau se préparait à l’arrivée de la pandémie, il y a quelques semaines, tous les efforts ont été mis pour préparer les lits de soins aigus, les soins intensifs, les trajectoires de soins dans les centres hospitaliers. Mais nous avons oublié de préparer les CHSLD de la même façon. En conséquence, pour reprendre l’expression maintenant consacrée, ce n’est pas l’avion que nous construisons en plein vol, c’est un moteur que nous essayons d’installer sur l’avion.

Ce n’est pas le moment de réfléchir à ce que nous aurions dû faire, comment nous aurions dû mieux préparer les CHSLD. Maintenant, c’est le temps de nous aider. 

Si, comme l’a affirmé le Dr Horacio Arruda, il est vrai que « nos valeurs québécoises, nos aînés qui ont bâti notre pays ont autant d’importance que les jeunes », il faut absolument que la priorité soit donnée aux milieux de soins alternatifs, dont les CHSLD, alors que le réseau de la santé, dans son ensemble, n’est pas encore surchargé.

Aidez-nous, SVP. Aidez-nous à freiner la propagation de l’infection à l’intérieur des milieux où il y a des éclosions et à protéger les milieux où il n’y en a pas encore.

Aidez-nous à partager l’expérience de ceux qui ont vécu des éclosions avec ceux qui n’en ont pas (encore) vécu.

Aidez-nous à soigner le mieux possible ces résidants que nous connaissons parfois depuis plusieurs années et auxquels nous nous sommes attachés.

Aidez-nous à rassurer les familles, qui sont compréhensives et empathiques, mais très inquiètes.

Aidez-nous à aider et rassurer nos collègues soignants dévoués, mais épuisés.

Aidez-nous à retrouver le sommeil lorsque nous rentrons à la maison.

Nous avons besoin de personnel pour remplacer ceux qui sont épuisés ou malades, de matériel adéquat pour nous protéger et ainsi protéger nos patients, d’experts en nombre suffisant pour nous guider dans les procédures d’isolement. 

Nous avons besoin d’aide pour permettre à nos résidants qui ne sont pas malades de continuer à recevoir les soins et l’attention requis. Nous avons besoin que le réseau entier et toute la population nous viennent en aide. Chacun peut aider à sa façon.

Je souhaite de tout mon cœur que, lorsque cette crise sera résolue, nous puissions, tous ensemble, nous dire que « ça n’a pas très bien été, mais nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour que ça aille bien ». Pour cela, il faut agir. Maintenant.