Il est, bien sûr, encore trop tôt pour anticiper les répercussions psychologiques et sociales de la crise que nous sommes tous en train de traverser. Cependant, nous avons maintenant la possibilité d’influencer les taux des séquelles que nous garderons (ou non) et que nous aurons socialement à traiter chez nos concitoyens une fois cette épreuve passée.

Pascale Brillon Pascale Brillon
Professeure au département de psychologie de l’UQAM et directrice du laboratoire de recherche trauma et résilience

Les données scientifiques sur le sujet peuvent nous aider à mettre en place un climat et des mesures qui pourraient maximiser notre résilience personnelle et sociale.

La résilience sociale est définie comme la capacité d’un groupe ou d’une société à s’adapter à une épreuve de grande envergure et à rebondir positivement par la suite. Les études nous montrent qu’une communauté résiliente présente les caractéristiques suivantes.

Pendant l’épreuve

La souplesse adaptative

Elle permet à une communauté d’absorber le choc de l’épreuve, de se réorganiser sans briser son tissu social et en maintenant ses valeurs et ses structures sociales. Une société résiliente conserve sa cohésion, son sens de la communauté et ses véhicules de communication et de soutien. Elle ploie avec souplesse sans s’effondrer.

L’abnégation et la solidarité sociales

La capacité de la population de faire confiance et de se plier aux mesures gouvernementales mises en place pour le bien de tous est aussi une caractéristique des populations résilientes. La discipline dont nous ferons preuve et notre solidarité envers les plus démunis et les plus souffrants seront associées à notre résilience. La bienveillance et l’ouverture de chacun sur le plan personnel, mais aussi collectif, sont associées à une meilleure capacité à traverser l’adversité. Elles nous reflètent aussi le meilleur de la nature humaine et constituent des sources d’inspiration essentielles.

La créativité

Une communauté résiliente innove avec créativité. Elle provoque des changements, s’ajuste, se réinvente, et ce, compte tenu des contingences prescrites. Elle adapte ses structures avec souplesse afin de faire face à la situation. Elle présente de bonnes habiletés adaptatives et est, malgré tout, encore capable d’autodérision et de légèreté.

Un climat social maximisant l’espoir et le sentiment d’efficacité

Nos gouvernements et les médias ont, bien sûr, un rôle à jouer dans cette résilience sociale. Ils doivent aider la population à considérer cette crise comme temporaire et possible à gérer. La présence de données scientifiques encourageantes dans l’espace médiatique est aussi essentielle afin de maximiser la perception positive de la population de sa propre capacité à traverser cette épreuve.

Après l’épreuve

La résilience

Une communauté résiliente rebondit et retrouve sa vitalité rapidement après la crise. Elle panse ses blessures collectives, s’occupe de ses plus démunis, aide ses endeuillés, mais entretient un sentiment de fierté face à ses accomplissements. Elle retrouve son fonctionnement antérieur, car les structures mises en place ne sont qu’en dormance et ne se sont pas effondrées.

La croissance post-traumatique

Non seulement une communauté résiliente retrouve-t-elle son fonctionnement antérieur, mais en plus elle est capable d’envisager des occasions dans la crise vécue. Elle peut apprendre de cette épreuve, s’en sortir grandie et mieux équipée à plusieurs niveaux pour affronter l’adversité.

En effet, les études auprès de diverses populations traumatisées montrent que plusieurs témoignent de gains précieux : certaines savourent davantage les choses du quotidien, car elles disent tenir moins d’éléments pour acquis (insouciance, santé, liberté de mouvement). D’autres se sentent plus connectées socialement, et ce, pas juste de ses proches, mais aussi des gens qui de près ou de loin contribuent aussi à notre bien-être, sinon notre bonheur quotidien (comme les enseignants, les coiffeurs ou tous les propriétaires de ces chères PME qui nous aident tous les jours).

Plusieurs ressentent une amélioration de la solidarité du tissu social, du sentiment de cohésion et de fierté collective. Enfin, nous pourrions être aussi plus prêts collectivement à faire face à une prochaine épreuve. L’exemple de la tragédie de Polytechnique, qui a pourtant laissé des cicatrices collectives profondes chez nous tous, met en évidence les avancées sur les plans psychologique, policier, politique et social que celle-ci nous a, tout de même, permis de faire.

Pour notre part, qu’aurons-nous aimé durant cette crise que nous désirerons conserver quand elle sera terminée ? Quelles remises en question cette épreuve nous aura-t-elle permis de faire qui modifieront pour le mieux notre vie à tous par la suite ? Nos conceptions du monde, de la vie, nos rapports aux autres seront-ils modifiés en fonction de nouvelles valeurs qui pourraient contribuer à un mieux-être collectif ?