Notre collaborateur Marc Séguin vous propose une réflexion sur d’autres aspects du quotidien.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

Une paresse d’un dimanche de déluge. Le bruit de la pluie comme un mantra précipité. Y aura encore moins de gens dehors. Les sucres achèvent. Sont finis, ici, dans le sud de la province. Va falloir trouver un autre métier.

Y a une liste de choses à faire, heureusement. Comme réparer la clôture des cochons.

Chacun son métier et les cochons seront bien gardés. Un piquet de cèdre enfoncé tous les 10 pieds (pas ces temps-ci, c’est gelé) et une clôture de broche. Faire en sorte qu’elle soit assez basse pour ne pas que les porcelets passent en dessous. Mettre des roches pour bloquer. Redresser l’auge…

Un saut dans le temps, comme une pause. On reviendra aux cochons plus bas.

PHOTO KACPER PEMPEL, ARCHIVES REUTERS

« Y a une liste de choses à faire, heureusement. Comme réparer la clôture des cochons », écrit Marc Séguin.

J’avais fait des courses la semaine dernière avant que les commerces ne ferment. Provisions de pinceaux, de crayons et de tubes de peinture. On ne sait jamais. Me fous un peu du papier cul. Ce n’est pas ça la priorité. Vais arrêter d’aller aux toilettes avant de cesser de peindre. On a la foi qu’on peut. La mienne prend sa source dans l’imaginaire. C’est un peu ma job.

Suis passé devant l’église du village. Fermée aussi. Comme les autres. À la télé, j’ai vu le pape, seul sur la place Saint-Pierre. Ici, une seule voiture au presbytère, celle du curé. Un Capucin. On s’est lié un peu, père Lanthier et moi, il y a quelques années, à cause d’un passé commun. Il doit avoir 90 ans. Ou sur le bord de les avoir.

J’ai voulu aller lui parler. Dire bonjour. Et sans aucune méchanceté ni cynisme, lui demander si la foi pouvait aider dans une situation comme celle qu’on vit.

Me suis dit que tant qu’à lire et entendre le nombre hallucinant de journalistes et de gens des médias montés en chaire et qui sont devenus prédicateurs, philosophes, psychologues et « explicateurs » du monde, autant demander l’avis d’un prêtre.

Me semble que ce serait un bon moment pour que le petit Jésus revienne, non ? Avec un masque, on s’entend. Et ses amis aussi : Mahomet et Allah, Bouddha, Yahvé pis toute la gang. On a besoin d’aide, les chums.

Parlant d’aide, du moins pour comprendre un peu, jeudi dernier, au Téléjournal de Radio-Canada, j’ai sauté au plafond. Il y avait Boucar Diouf (biologiste de formation) qui expliquait au chef d’antenne, par FaceTime, que l’océan regorgeait de virus. Et que dans l’océan (je répète ici le mot océan), certains virus (parmi plusieurs milliards) pouvaient parfois servir à rééquilibrer le système en s’attaquant aux abuseurs et aux méchants. Toujours dans la mer.

Six minutes d’informations pertinentes et scientifiques sur « à quoi servent les virus » jusqu’au moment où le chef d’antenne, pour conclure le segment, se met à philosopher et faire un amalgame hallucinant, celui qui nous préoccupe comme si ce dernier avait une fonction d’équilibre naturel pour la planète. Comme si c’était une forme de régulation, morale en plus. La planète nous parle. Come on.

Me suis pincé fort. J’ai regardé l’extrait deux fois sur le web pour être certain. Rigueur, disait un autre chef d’antenne. La fonction du métier d’information journalistique est aussi d’informer justement, de temps en temps.

Et l’Arche de Noé, c’était vrai ? Le Terre est plate, on le sait tous. Qu’aurait-on dit au temps de Sodome et Gomorrhe – villes victimes de la colère divine parce que les mœurs étaient dépravées ? Et la grippe espagnole, c’était pour se débarrasser de qui, déjà ? Les vues sont parfois un peu courtes. Demandez aux cochons : leur clôture est toujours embarrassante, mais tant qu’ils ont de la nourriture et de l’eau, ils sont heureux et ne la voient pas.

Tout cela – on se rappelle l’expression « chacun son métier et les cochons seront bien gardés » – pour vous dire que je me fous aussi pas mal de l’opinion « imaginaire » du chef d’antenne de Radio-Canada (ce n’est pas le but de ce texte), mais de grâce, vous en supplie à genoux : laissez aux artistes le manque de rigueur, les fabulations, les leçons de morale, le divertissement et les suppositions. C’est tout. Ce sont nos repères à nous. J’ai un grand sourire ici.

Il pleuvait à siaux hier. Suis revenu à la cabane et suis retourné au village. J’ai sonné et laissé un demi-gallon de sirop frais sur le perron du presbytère.

J’étais rendu à la voiture quand le père Lanthier est sorti crier merci. Suis revenu, on a jasé de tout et de rien. Sous la pluie. Et du temps qui passe.

Au retour, j’ai fait l’inventaire du bois qu’il restait dans la shed, question de voir s’il y en a assez pour construire un radeau.