Le coronavirus inquiète parce qu’il est nouveau, qu’il se propage vite et qu’on en parle beaucoup. Cependant, combattre l’anxiété et l’évitement est aussi important que de rester informé.

François Richer François Richer
Neuropsychologue, professeur à l’UQAM

La peur que suscite le COVID-19 augmente avec sa couverture médiatique. Les mesures d’urgence déployées par les autorités amplifient l’aspect dramatique. Les victimes sont de plus en plus nombreuses et on ne sait pas qui est porteur. Même si les chances d’entrer en contact avec ce virus sont minimes pour l’instant et que seule une infime minorité de porteurs en meurt, il nous interpelle plus que la grippe annuelle qui tue des milliers de personnes chaque année.

Certains ont peur de voyager, d’autres évitent les quartiers asiatiques ou la proximité des personnes d’origine asiatique. 

On voit apparaître des comportements d’exclusion et de racisme aux dépens de la solidarité.

Les risques d’intimidation et de propos racistes commencent même à inquiéter les administrateurs scolaires comme l’illustre la récente lettre du Service de police de l’agglomération de Longueuil à des enseignants et parents d’élèves.

La peur capte l’attention et augmente notre niveau d’alerte. Cependant, tous les dangers ne suscitent pas les mêmes réactions. Les changements climatiques et les inégalités vont tuer beaucoup plus de gens que le COVID-19, mais ces menaces stressent moins parce qu’elles sont plus lentes et moins personnelles.

Un danger imprévisible

Les épidémies ne sont pas un danger comme les autres. Elles frappent l’imagination car le danger est imprévisible, il peut surgir n’importe quand et il rend notre environnement et les autres potentiellement dangereux. Nos ancêtres s’inquiétaient des prédateurs qui pouvaient bondir dans la noirceur. Les instincts qu’ils nous ont transmis à travers les générations nous mettent en alerte à propos des menaces sournoises contre lesquelles on a peu de protection. Le cancer aussi frappe beaucoup de monde un peu au hasard, mais il nous apparaît comme inévitable et il ne s’attrape pas à cause de notre entourage durant une journée normale.

Dans une pandémie, l’information intensive et virale favorise l’anxiété de masse, la méfiance de l’autre et l’auto-protection, un peu comme lors d’attaques terroristes.

Surtout à l’ère des médias sociaux. On devient plus inquiet et plus vigilant, à l’affût des signes de danger. On est plus sensible aux rumeurs. On généralise et on exagère. Notre cerveau nous suggère de nouveaux thèmes d’inquiétude : et si quelqu’un toussait près de moi dans un lieu public ? Et si on me mettait en quarantaine à cause d’un collègue ou à cause d’un déplacement ? Et si…

En plus de favoriser l’anxiété de masse, les épidémies sont des dangers qui mobilisent plus nos instincts d’auto-protection (figer, éviter, fuir) et moins nos instincts de défense active. On évite certains endroits, on se déplace moins et on recherche moins les échanges. Notre zone de confort rétrécit et on se referme sur nous-même. Mais l’auto-protection et l’évitement peuvent nous nuire quand on les laisse prendre le contrôle. Ces réactions peuvent augmenter notre anxiété et diminuer notre sentiment de contrôle. Elles peuvent aussi diminuer notre empathie et notre solidarité.

On peut prévenir la psychose de l’épidémie. En premier lieu, on se décrispe lorsqu’on sent que notre communauté (hôpitaux, agences, gouvernements) se prépare correctement, qu’elle a une réponse compétente, proactive et bien dosée par rapport à la menace réelle. Sur le plan personnel, on peut modérer notre consommation d’informations, évaluer froidement notre situation et surtout ne pas surréagir. Mais aussi, on peut passer de l’auto-protection au sentiment de contrôle lorsqu’on considère les personnes atteintes comme des victimes qui méritent notre sympathie, plutôt que comme des menaces, comme lors d’une catastrophe naturelle (inondations, tremblement de terre). On se protège mais on agit pour le bien de notre entourage. Comme dans plusieurs communautés asiatiques en ce moment où l’on prend les nouveaux arrivants en charge parce que c’est un problème collectif qui requiert des solutions collectives. Bref, retrouver le contrôle en retrouvant l’humain derrière le virus.