En réponse au dossier d’André Dubuc, « Le Québec perd la course aux étudiants étrangers », publié le 2 mars

Éric Bosco Éric Bosco
Chef du développement des affaires et des partenariats de Mitacs*

Dans un article publié lundi, André Dubuc nous apprend qu’à peine plus de 10 % des 256 000 jeunes étrangers qui ont obtenu un permis d’études au Canada l’an dernier ont étudié au Québec. Cela est préoccupant.

Non seulement parce que la province compte près du quart de la population canadienne, qu’on trouve des universités et des collèges de grande qualité sur l’ensemble de son territoire et que Montréal était encore récemment au sommet des palmarès mondiaux comme destination souhaitée des étudiants.

Mais aussi parce que l’attraction et la rétention de jeunes talents internationaux sont un des moyens principaux dont nous disposons pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre ainsi que pour innover et créer les emplois de demain.

Pour expliquer la faible présence étudiante internationale au Québec, l’article souligne le fait que le Québec attire des étudiants francophones souvent originaires de pays africains, et que ces derniers ne parviennent pas à prouver aux agents d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) qu’ils auront assez d’argent pour subvenir à leurs besoins durant leurs études ni qu’ils quitteront le Canada après leurs études.

Les taux de refus mentionnés sont saisissants – entre 70 % et 90 % pour les jeunes Camerounais, Guinéens, Algériens et Sénégalais –, tout comme le nombre de personnes refusées (5300 étudiants sénégalais et 16 000 étudiants algériens depuis cinq ans). On précise que les critères d’IRCC sont les mêmes pour les candidats de tous les pays, seulement les candidats originaires de plusieurs des pays africains sont moins bien placés pour y répondre.

Ces derniers sont pourtant scolarisés, talentueux – ce sont souvent parmi les meilleurs de leurs pays – ils font l’objet d’initiatives de recrutement nombreuses (et coûteuses) de la part du Canada, du Québec, des universités et collèges et de nombre d’organismes de promotion du Québec comme lieu de vie, d’études, de travail et d’investissement. On veut les voir s’installer ici, tout en leur demandant de démontrer qu’ils repartiront une fois leurs études terminées…

Pour être allé dans divers pays en émergence ou en voie de l’être, notamment en Afrique et en Asie, je suis toujours saisi par le contraste entre l’image qu’on peut s’en faire ici et la réalité.

Dans le cas de l’Afrique, nous sommes face à un continent en plein essor démographique, ouvert aux technologies nouvelles et qui se prépare à une croissance économique forte malgré certains défis structurels.

Ne pas capitaliser davantage sur l’intérêt des nombreux jeunes motivés et instruits de ces pays, c’est se priver de talents précieux, et c’est ne pas construire de ponts avec ces marchés de demain.

Le retard du Québec dans l’accueil d’étudiants étrangers doit être rattrapé : il en va de la prospérité et de la vitalité de notre société. À l’échelle canadienne, le besoin de diversifier les pays de provenance des étudiants me semble aussi important, sachant que plus de la moitié d’entre eux viennent soit de l’Inde, soit de la Chine.

Dans le contexte actuel, il m’apparaît aussi important pour le Québec de capitaliser au mieux sur certains de nos atouts, dont les programmes de stages et de bourses d’organismes comme Mitacs, qui permettent de faciliter l’accueil de plusieurs milliers de jeunes talents internationaux au pays chaque année.

* Mitacs est un organisme sans but lucratif qui aide les entreprises à croître par la recherche et le développement en misant sur les meilleurs talents d’ici et de l’étranger.

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