La lettre s’adresse au premier ministre du Québec, François Legault.

Anne-Sara Briand Anne-Sara Briand
Médecin résidente, membre de l’exécutif de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, et 250 autres signataires*

Nous vous écrivons en tant que médecins et professionnels de la santé au sujet du projet Énergie Saguenay-Gazoduq pour vous demander de prendre en compte les impacts négatifs qu’il pourrait avoir sur la santé humaine, s’il voyait le jour. 

Des communautés exposées 

Tout d’abord, le gaz naturel présente en lui-même un risque important de par sa nature hautement inflammable. Ce risque accompagne chaque étape de manutention du produit, dont le transport et le stockage. Depuis 2008, plus de 500 incidents impliquant des gazoducs relevant de l’Office national de l’énergie ont été répertoriés au Canada, dont certains font état d’explosions.

C’est un risque dont nous devons tenir compte considérant que le projet Énergie Saguenay implique la construction d’un gazoduc de 782 kilomètres traversant le Québec de part en part, de l’Abitibi-Témiscamingue à Saguenay en passant par la Haute-Mauricie. 

Il en va de même pour le transport du gaz naturel liquéfié (GNL), dont 11 millions de tonnes seraient exportées chaque année en passant par le fjord du Saguenay dans des navires-citernes. En cas d’accident, le GNL peut former une dilution explosive avec l’air susceptible de s’enflammer et de causer des dommages jusqu’à 3,5 km. 

Une aberration climatique 

Ensuite, lorsqu’il est question de changements climatiques, la santé humaine devient un enjeu mondial qui exige un sens des responsabilités transcendant le régionalisme. C’est pourquoi le projet Énergie Saguenay concerne la santé de tous. Le méthane dont est composé le GNL est un gaz à effet de serre (GES) 34 fois plus puissant que le CO2 sur une durée de 100 ans, et les émissions fugitives liées à sa manutention ne sont pas négligeables. 

Pour évaluer les émissions de GES liées à la mise en place de son projet, GNL Québec a fait appel au Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG). Le résultat : plus de 7 millions de tonnes de CO2 seraient générées annuellement par le projet. Ce chiffre, déjà imposant, ne tient toutefois pas compte des émissions de GES après liquéfaction, qui sont bien plus importantes. 

Or, pour limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d’ici 2100, une valeur fixée par l’ONU pour éviter les conséquences les plus graves des changements climatiques, tous les pays du monde devraient éliminer leurs émissions d’ici 2030.

Dans ce contexte, le projet Énergie Saguenay est un non-sens : il participe au dérèglement climatique alors même que les menaces à la santé humaine qu’il laisse poindre sont de plus en plus tangibles. 

Complice de la fracturation hydraulique 

Selon le promoteur, le gaz naturel exploité par Énergie Saguenay proviendra de l’Ouest canadien. La très grande majorité du gaz produit dans cette région est extrait par fracturation hydraulique, une technique d’exploitation d’hydrocarbures qui comporte son lot de risques pour la santé des populations environnantes. 

En effet, de plus en plus d’études mettent en lumière l’accroissement de problèmes de santé à proximité des opérations de fracturation hydraulique.

C’est le cas de cancers, comme la leucémie aiguë lymphoblastique chez des jeunes, de maladies ORL, cardiaques, respiratoires et certaines perturbations endocriniennes. Une étude a même démontré un lien clair entre la densité des puits et le taux d’hospitalisation pour plusieurs de ces problèmes de santé. 

Pour toutes ces raisons, l’Association américaine de santé publique (APHA) a récemment émis un énoncé de politique recommandant la cessation de nouveaux développements de cet ordre ainsi que l’élimination progressive des infrastructures existantes lorsque possible. 

Un jeu qui n’en vaut pas la chandelle 

Il semble donc évident qu’accepter que le projet Énergie Saguenay aille de l’avant contribue à encourager une industrie nuisible pour la santé au Québec comme au Canada. De plus, ce projet est complètement injustifiable sur le plan climatique et ne prend pas en compte les découvertes les plus récentes en matière de développement écoénergétique.

Si nous sommes soucieux et soucieuses de la santé de nos concitoyens, mais aussi des générations futures, il nous faut entamer dès à présent une transition énergétique afin de nous défaire de notre dépendance aux énergies fossiles. 

Les effets sur la santé ne peuvent être considérés comme de simples dommages collatéraux. En ce sens, le projet Énergie Saguenay soulève des questions éthiques importantes.

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