En 2003, à l’extérieur de l’Asie, le Canada a été le pays le plus touché par le coronavirus du SRAS.

Linda Silas Linda Silas
Présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers

À la fin de l’épidémie mondiale, on comptait 438 cas de SRAS au Canada, dont 44 morts. La plupart des cas étaient concentrés à Toronto, ainsi que tous les morts. Plus de 100 travailleurs de la santé ont contracté la maladie et trois personnes sont mortes, y compris deux infirmières.

En Ontario, une commission indépendante a été mandatée pour examiner l’apparition et la propagation du SRAS, et a tiré une leçon importante : en l’absence de certitude scientifique par rapport au mode de transmission d’une maladie infectieuse, il faut prendre des précautions raisonnables.

Le juge Campbell, président de la commission, a expliqué que ce principe de précaution met l’accent sur la sécurité plutôt que la science. En d’autres mots, si nous ne savons pas exactement comment un virus se propage, nous ne devrions pas attendre la confirmation de la science avant de protéger les travailleurs de la santé.

L’attente du gouvernement

Malgré cette importante leçon tirée de l’épidémie du SRAS, le gouvernement canadien semble actuellement à l’aise d’attendre d’avoir des données concluantes sur le mode de transmission du nouveau coronavirus (COVID-19) avant de prendre les mesures nécessaires pour protéger les travailleurs de la santé de première ligne.

Pendant que les provinces se préparent à une éclosion potentielle du COVID-19, les syndicats infirmiers prennent la parole pour préciser la menace que cela représente pour les travailleurs de la santé.

De toute évidence, l’Agence de la santé publique du Canada ne prépare pas adéquatement les travailleurs de la santé du secteur des soins actifs, et ignore les leçons claires tirées de notre expérience antérieure des pandémies.

L’agence fédérale a été créée à la suite de l’épidémie du SRAS afin d’offrir un leadership national et des informations claires pendant les crises en matière de santé publique. Toutefois, elle n’a jamais totalement rempli ce mandat. Pendant la pandémie de 2003, les travailleurs de la santé ont reçu des messages contradictoires créant la confusion par rapport à la meilleure façon de se protéger et de protéger leurs patients. L’histoire pourrait se répéter si l’Agence de la santé publique du Canada continue d’exercer un si piètre leadership.

Le principe de précaution

Plus particulièrement, il est décevant de voir que l’Agence de la santé publique du Canada n’a pas conseillé aux établissements de soins actifs d’adopter le principe de précaution, soit la leçon la plus importante tirée du SRAS.

Pendant ce temps, les agences nationales de santé publique des États-Unis, de l’Union européenne et du Royaume-Uni ont demandé des précautions contre la transmission par contact, par gouttelette et par voie aérienne afin de protéger les travailleurs de la santé, jugeant qu’un seul travailleur malade est un travailleur malade de trop.

En réaction au COVID-19, ces agences recommandent un respirateur N-95 bien ajusté au visage de chaque travailleur de la santé afin de prévenir tout écoulement ou fuite. La province de l’Ontario, la plus touchée par le SRAS, a aussi choisi de rendre obligatoire le port du respirateur N-95 pour les travailleurs de la santé en raison de l’incertitude scientifique sur le mode de transmission du virus.

Par contre, l’Agence de la santé publique du Canada recommande les masques chirurgicaux pour les travailleurs de la santé, un masque conçu pour protéger le patient d’infections respiratoires chez la personne qui porte le masque, et non le contraire.

Le Canada peut et devrait faire mieux. La position de l’Agence est tout simplement un abandon de leadership. Les travailleurs de la santé non protégés peuvent facilement transmettre le virus dans les établissements de soins actifs.

Des données récentes publiées dans The Lancet, revue médicale arbitrée, recommandent une protection « musclée » pour les travailleurs de la santé qui s’occupent de cas suspects ou confirmés de COVID-19. L’étude fait remarquer que même une personne asymptomatique peut transmettre le COVID-19 « de façon très efficace ». Selon l’article, les masques faciaux et autres équipements conventionnels de protection « offrent une protection insuffisante ».

En qualité d’infirmières et d’infirmiers, nous savons que la sécurité des patients commence avec la sécurité des travailleurs. Si nos travailleurs de la santé sont protégés, alors nos patients le sont aussi.

La Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers a demandé à l’Agence de la santé publique du Canada et à la ministre de la Santé du Canada d’agir en fonction de l’abondance de données incitant à la prudence, et de considérer minutieusement les leçons tirées de l’épidémie du SRAS. 

Le Canada devrait adopter les précautions prises aux États-Unis, au sein de l’Union européenne et au Royaume-Uni, ainsi que dans la province de l’Ontario. Nous pouvons et nous devons faire de notre mieux pour protéger les travailleurs de la santé et, par extension, nos populations vulnérables de patients.