Dans l’expression, « Je suis catholique, mais je ne pratique pas ! », beaucoup de Québécois catholiques vont se reconnaître. C’est en prenant connaissance de la situation au sujet de nos programmes de recyclage que j’ai pensé à cela. En effet, être catholique, c’est une chose, suivre les nombreuses « règles », c’est autre chose.

Clément Hudon Clément Hudon
Professeur en planification financière, École des sciences de l’administration, Université TÉLUQ

C’est comme le recyclage. Oui, collectivement, on recycle, mais on n’aime pas vraiment trier, apporter nos sacs à l’épicerie, acheter en vrac, etc. En bref, changer nos habitudes. Toutefois, à force de nous faire retourner notre « recyclage » par pleins bateaux, il faudra bien que l’on comprenne !

Pourtant, il fut une époque, pas si lointaine, où les gens fumaient dans les endroits publics. Même dans mon propre bureau, mes clients fumeurs étaient autorisés à fumer, moi qui ne fume pas. C’était ainsi et personne n’osait remettre cela en question jusqu’au moment où une loi l’a interdit.

Au cours des nombreux débats entourant l’environnement, la consommation, principalement la croissance de celle-ci, a été ciblée comme la principale responsable des changements climatiques. Les propositions pour diminuer la consommation vont des plus draconiennes (diminuer la population), aux plus rêveuses (demander aux gens de moins consommer).

Je n’ouvrirai pas le débat sur l’option de diminuer la population mondiale par une régulation des naissances, dans le but de baisser la consommation, car il s’agit d’une solution extrêmement controversée.

Pour ce qui est de diminuer notre consommation, c’est quelque chose de cocasse, je l’avoue. Disons que sur une échelle de 1 à 10, ma consommation individuelle comme Nord-Américain est de 8. Maintenant, prenons une personne vivant en Inde ou en Chine, laquelle consomme 3. On demande à tous de réduire notre consommation de 2, moi je dois respecter 6 et notre personne vivant en Inde ou en Chine, 1.

Que pensez-vous que cette personne va faire ? Alors que le niveau de vie des Indiens et des Chinois s’améliore de plus en plus, on va leur dire de retourner à 1 ? Je ne crois pas qu’ils vont être d’accord.

Afin d’être équitable, disons que je baisse ma consommation de 50 %. Qu’arrivera-t-il aux entreprises qui produisent ce que je consomme ? Qu’arrivera-t-il aux travailleurs qui y sont employés ?

Pouvons-nous imaginer que dans 20 ans, nous nous demanderons comment on pouvait penser que de tout mettre nos déchets dans un bac bleu les transformerait en recyclage, par magie ? Exactement comme c’est le cas avec la loi sur le tabac dans les lieux publics.

Malheureusement, il y a tellement d’information sur le recyclage et la bonne façon de le faire, qu’une chatte en perdrait ses petits. Il serait pourtant facile de mettre en place de nouvelles lois afin de ne permettre que l’utilisation d’un seul type de plastique, celui qui est recyclable. Les gens n’auraient plus à se questionner. Malgré le fait que le Canada vient d’adopter une mesure qui interdira les plastiques à usage unique dès 2021, cela sera seulement en 2040 pour la France. Pour que cela fonctionne, il faudrait vraiment tous s’y mettre maintenant.

Pierre-Yves McSween, dans son bouquin En as-tu vraiment besoin ?, nous encourage à nous questionner pour des motifs financiers lorsque vient le temps de faire un achat. Il faudrait sans doute que Greta Thunberg en écrive un aussi avec la même question, mais pour des raisons environnementales. La réponse ne serait sans doute pas la même.

Normes internationales

Un autre changement nécessaire passe par l’implantation de normes internationales (ex. : ISO26000) afin d’obliger les entreprises à respecter des normes précises et vérifiables. Avec cette reconnaissance, les gens achèteraient les produits et services d’entreprises homologuées en ce sens et bouderaient celles qui ne le sont pas.

Côté financier, les institutions financières s’impliqueraient auprès des entreprises homologuées, aux tarifs standards, mais la situation ne serait pas la même pour les autres qui verraient leurs taux augmenter. Idem pour les fonds d’investissement, les caisses de retraite et les investisseurs. On investit dans les entreprises homologuées et on ignore les autres. Au pire, il y aura des fonds spécialisés dans les entreprises non homologuées pour ceux pour qui ce facteur ne compte pas.

De plus, les gouvernements pourraient encourager les entreprises homologuées par des crédits d’impôt et pénaliser les entreprises étrangères qui ne sont pas homologuées par des tarifs douaniers au moment de l’importation de leurs produits.

Quoi qu’en disent les « climatosceptiques » de ce monde, la génération de Greta Thunberg a bien raison d’être inquiète.

Au-delà de ce que nous disent les scientifiques depuis de nombreuses années, ils sont aussi inquiets que nous n’ayons pas encore mis en place des mesures sérieuses pour faire le virage tant nécessaire qui se présente devant nous.

Tôt ou tard, nous devrons leur répondre par des actions et des gestes significatifs. En 2040, il sera peut-être trop tard…

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