Le budget fédéral sera déposé bientôt. C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui le gouvernement du Canada à instaurer un impôt sur les successions et un impôt sur la fortune, afin de financer les services sociaux dont nous avons besoin.

Bronwyn Oatley Bronwyn Oatley
Membre de Ressources en mouvement et huit cosignataires*

Nos familles font partie des 10 % les plus riches au pays — et ce que nous demandons augmenterait les impôts payés par nous et nos familles. Nous pensons que ça en vaut largement la peine, pour deux raisons.

Tout d’abord, les inégalités d’aujourd’hui ont atteint des sommets historiques. Ici, les 87 familles les plus riches détiennent un total de 259 milliards de dollars. Au bas de l’échelle cependant, près de la moitié des Canadiens s’inquiètent de ne pas réussir à couvrir les coûts de base de la vie quotidienne sans s’endetter davantage.

Le niveau d’inégalité que nous connaissons aujourd’hui n’est pas seulement injuste, cela rend notre société malade et plus violente.

L’inégalité est associée à des taux plus élevés de stress, de maladies mentales, de dépendance aux drogues, d’intimidation scolaire et de criminalité. Instaurer un impôt sur la succession et sur la fortune serait bénéfique pour nous tous.

Financer la transition

Deuxièmement, nous avons tout simplement besoin de cet argent. Nous sommes confrontés à une crise climatique avec une fenêtre de 10 ans pour effectuer une transition vers une économie basée sur les énergies renouvelables, afin d’éviter le pire des conséquences du réchauffement planétaire. Cette transition demande des investissements majeurs de la part des gouvernements afin d’inciter le développement de systèmes d’énergies renouvelables publics, de réseaux de transport collectif gratuits et efficaces, et de logements à haute efficacité énergétique pour tous.

Cette transition vers les énergies renouvelables doit aller de pair avec des politiques sociales visant l’équité et la justice.

Cela se traduit par des investissements publics pour financer des soins de santé de la tête au pied pour tous les Canadiens, des logements abordables pour tous, et des réparations socioéconomiques pour les communautés noires dépossédées par la traite transatlantique d’esclaves, et les peuples autochtones qui sont confrontés au vol de leurs terres depuis le début de la colonisation.

La bonne nouvelle est que nous avons amplement assez d’argent et de richesse pour financer la transition écologique et économique dont nous avons tant besoin.

Le Canada est le seul pays du G7 à ne pas avoir d’impôt sur les successions. Quand nos parents mourront, des millions nous sont destinés en héritage. Si nous ne faisons rien, cet argent nous sera donné sans aucun prélèvement supplémentaire. Cela remet en question la notion de justice dans notre pays, et donne à une classe d’héritiers un coup de pouce considérable, qui n’a d’autre justification que le fait que ces personnes soient nées dans des familles riches.

Nous demandons plutôt au gouvernement fédéral d’instaurer un impôt progressif sur les successions qui toucherait les 10 % des fortunes les plus élevées.

Pour remettre les choses dans leur contexte, bien qu’il soit estimé que 48 % des Canadiens toucheront un héritage, la taille moyenne de cette succession sera d’un peu moins de 100 000 $ — soit une taille bien inférieure aux héritages qui seraient affectés par ce nouvel impôt.

De plus, nous appelons à l’instauration d’un impôt sur la fortune qui toucherait uniquement les 10 % des Canadiens les plus riches. Sous ce nouvel impôt, les Thomson, la famille la plus riche du Canada avec un actif de 42,4 milliards de dollars, paieraient 4 milliards d’impôts sur la fortune en 2020.

Vous trouvez cet impôt confiscatoire ? Et pourtant, les Thomson auraient encore plus de 38 milliards de dollars après l’avoir payé. Assez pour acheter plus de 43 000 maisons à Toronto, et certainement plus que ce dont toute famille pourrait avoir besoin.

Ces deux mesures affecteraient seulement les 10 % des Canadiens les plus riches — qui ont le plus bénéficié de la concentration de richesse qui s’est opérée depuis 20 ans. Les revenus, par contre, auraient un effet positif sur tout le monde, en permettant de financer des logements abordables, des gardes d’enfants gratuites, un environnement sain pour tous, et plus.

Des économistes éminents du monde entier, y compris Emmanuel Saez et Thomas Piketty, demandent aux gouvernements d’instaurer des impôts sur la fortune. Et le concept est aussi populaire au Canada. Les sondages montrent que la plupart des Canadiens, tous partis confondus, sont en faveur d’un impôt sur la fortune.

Nous vous demandons d’ajouter vos voix à cet appel, en signant notre pétition demandant au gouvernement d’inclure ces deux impôts dans leur budget 2020.

* Ce texte a été rédigé collectivement par neuf personnes issues de familles riches et impliquées dans Ressources en mouvement — une communauté de jeunes bénéficiant de privilèges de classe agissant pour un monde plus juste et équitable. En plus de Bronwyn Oatley, ce texte inclut la contribution de Meghan Bell, Daniel Hoyer, David Gray-Donald, Colin Sue-Chue-Lam, Ben Waitzer, Hillary Predko, Cricket Chen et Jon McPhedran Waitzer.