Le projet Royalmount fait couler beaucoup d’encre et soulève l’ire de ses détracteurs qui craignent un nouveau Quartier DIX30 en plein cœur de l’île de Montréal.

Félix Rhéaume Félix Rhéaume
Avocat

Isabelle Hachey a posé la question dans une récente chronique sur le sujet, « En a-t-on vraiment besoin ? » Réponse courte : Non. Royalmount viendra vraisemblablement cannibaliser les commerçants du centre-ville et le Quartier des spectacles en plus d’augmenter la congestion dans le secteur qui est déjà un des plus achalandés au Québec.

Mais que l’on continue de le décrier ou bien qu’on accepte de donner la chance au promoteur qui se veut rassurant, chose certaine, Royalmount ira de l’avant.

Il y a alors tout lieu de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de réfléchir à la meilleure façon de réaménager en profondeur tout ce secteur pour l’intégration de ce mégaprojet.

L’axe des autoroutes Décarie et Métropolitaine est un cauchemar de mobilité et une cicatrice urbanistique. Montréal est une ville balafrée, vestiges des années 60 où la voiture était reine. D’est en ouest et du sud au nord, la ville est marquée par ces tronçons des autoroutes 15 et 40.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) annonçait dans les dernières semaines qu’il allait entreprendre des travaux de réfection majeure sur l’autoroute Métropolitaine. Le MTQ entend reconstruire à l’identique l’autoroute surélevée sur plus de 5 km.

Nous avons ici l’occasion de ne pas refaire les erreurs du passé et de transformer le visage de la ville.

IMAGE FOURNIE PAR CARBONLEO

Le projet Royalmount

Partout dans le monde, les projets de transformation d’autoroute en boulevard urbain, en tunnel ou en parc linéaire se multiplient. On pense à des projets qui font maintenant le fierté et l’identité de villes comme New York avec la High Line, Boston avec son Big Dig ou Séoul avec la promenade Cheonggyecheon, qui a permis de faire revivre en plein centre-ville une rivière qui avait été enfouie sous une énorme autoroute. Ici même à Montréal, la transformation de l’autoroute Bonaventure est un exemple intéressant.

Dans l’autre axe, le recouvrement de l’autoroute Décarie permettrait également de réunir l’est et l’ouest de Montréal qui sont divisés par cette tranchée depuis 1967. L’idée de recouvrir Décarie n’est pas nouvelle et pourrait s’inspirer de la dalle-parc utilisée pour créer le magnifique Millenium Park de Chicago, comme l’a déjà proposé Projet Montréal dans le passé.

Les exemples dans le monde démontrent que les coûts associés à ce type de projet, quoique importants, sont compensés par l’augmentation de l’activité économique et des recettes fiscales ainsi que par l’augmentation de la qualité de l’air et la baisse des coûts de soins de santé.

Reconstruire la Métropolitaine à l’identique avec Royalmount qui viendra ajouter à la congestion, c’est courir à la catastrophe. Comme le dit le dicton, quand la vie vous donne des citrons, faites-en de la limonade.

On pourrait fort bien se retrouver avec un citron dans le cas de Royalmount.

Saisissons donc l’occasion pour redessiner tout ce secteur de notre ville et pour améliorer la fluidité et la qualité de vie des citoyens.

Le recouvrement de Décarie et la transformation de la Métropolitaine sont des projets d’envergure qui méritent d’être étudiés attentivement pour revitaliser le cœur de l’île de Montréal.