Cette affirmation va en faire bondir plus d’un, surtout dans le contexte explosif actuel, mais avant de réagir, je vous demanderais de lire ce qui suit.

Monique Drapeau Monique Drapeau
Enseignante retraitée

Premièrement, j’ai été enseignante pendant plus de 30 ans et maintenant à la retraite.

Très active dans le milieu, j’ai adoré mon métier que je considère comme hautement respectable pour toute la richesse qu’il apporte socialement. Le bien-être des enfants et des enseignant.e.s m’importe grandement et, de grâce, dispensez-moi de toute politicaillerie…

Le noyau de cette loi est la décentralisation des pouvoirs vers les écoles… un rêve que je chérissais depuis nombre d’années et pour cause ! Si vous saviez le nombre de fois qu’on a dû se battre, mes collègues et moi-même, pour que la commission scolaire réponde à nos besoins. Des exemples ?

• Maux de tête chez le personnel, toux chez les élèves : demande d’analyse au niveau de moisissures et ce qui s’en suit, une décontamination. Résultat : inaction de la commission scolaire pendant des mois jusqu’à ce qu’un journaliste s’en mêle. Nous sommes devenus alors la priorité numéro 1. Notre école était infestée de champignons.

• La fameuse température dans nos classes régie par la commission scolaire. Nous n’avions aucun contrôle. Des fois, on gelait et d’autres fois, les classes étaient surchauffées en hiver où il me fallait ouvrir les fenêtres… belle économie d’énergie !

• Demande d’accompagnement pour un élève présentant une multitude de problèmes neurologiques, colérique, dyspraxique et suivi en psychiatrie. Je n’étais pas du genre à demander souvent de l’aide, mais là, c’était essentiel pour la survie de ma classe et les besoins de cet enfant ! Ma directrice m’avait bien avertie que la personne de la commission scolaire s’occupant du dossier EHDAA (élèves handicapés et élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) n’accordait pas facilement d’accompagnement et qu’il fallait que je me prépare à la confronter en indiquant tout ce que j’avais fait pour cet enfant. Lors de la rencontre, je déballe le tout, mais elle n’était pas encore convaincue jusqu’à ce que je lui demande la question suivante : « Où investissez-vous l’argent accordé au dossier des EHDAA ? » Ah ben, deux semaines plus tard je recevais un accompagnateur…

Je pourrais continuer comme ça longtemps, mais l’essentiel à retenir est que lorsque nous travaillons au sein d’un milieu qui a un pouvoir décisionnel, la nécessité de se battre pour se faire comprendre s’estompe puisque tous les acteurs sont conscients des besoins existants.

Le fait de rapatrier le pouvoir décisionnel entre les mains des directions et des enseignant.e.s ne peut être que bénéfique pour tous ceux qui œuvrent auprès des enfants et, conséquemment, pour les enfants eux-mêmes.

De plus, que les commissions scolaires deviennent des centres de services est tout à fait pertinent.

Actuellement, vous vivez une situation de changement comme certains ou moi-même l’avons vécue pendant la réforme des années 2000. Le même scénario se répète : une réforme de la part du gouvernement soulève à la fois emballement et inquiétude dans le système d’éducation, les syndicats s’en mêlent et dans ce cas-ci, les directions de commissions scolaires, tsunami de négativisme, envoi de pamphlets de la part des syndicats aux enseignants leur indiquant LEUR façon de penser et les actions à prendre, forte pression entre collègues pour que tous se rallient, protestations et finalement une atmosphère super déprimante, et ce, pour quelques années…Comme si vous aviez besoin de ça en plus de tout le travail que vous avez à accomplir !

Les gens qui rouspètent le plus actuellement sont ceux dont le pouvoir est en train de leur glisser entre les doigts.

Par leurs protestations, est-ce que les directions des commissions scolaires pensent vraiment à vous, aux enfants, ou à leur perte de pouvoir ? Est-ce que sous le couvert d’un affaiblissement d’une soi-disant autonomie professionnelle les syndicats vous défendent vraiment ou pensent-ils à leurs propres intérêts ? N’êtes-vous pas en train de passer à côté d’une chance de vous réapproprier ce qui vous revient ?

Ce que je lis sur les réseaux sociaux ou dans les journaux me fait prédire qu’avec tout ce tollé, l’opinion publique ne sera peut-être pas de votre côté. Les plaintes et les chicanes ne sont pas très rassembleuses et pas trop invitantes pour le choix d’une carrière dans l’enseignement…

Le changement fait peur, mais quand on y est bien préparé, c’est emballant ! Lors de cette réforme des années 2000, j’ai eu la chance de recevoir une formation en profondeur puisque j’ai été coauteure d’un matériel didactique selon le nouveau programme. Après avoir terminé ce contrat passionnant, je suis revenue enseigner et j’ai bien réalisé que les profs autour de moi n’avaient pas reçu assez de formation et s’en plaignaient grandement. La réforme allait de tout bord tout côté, chacun interprétant le tout à sa guise. Magnifique bordel !

Dans ce cas-ci, la formation de 30 heures m’apparaît essentielle si vous voulez tous être sur la même longueur d’onde. On y discuterait sûrement entre collègues, direction et formateur.trice de toutes les nouvelles possibilités qu’une telle passation de pouvoirs apporte à l’équipe-école et, tout en identifiant les besoins propres à notre milieu, trouver les moyens et ressources pour les combler. Plus de stagnation, mais bien de l’action et ça, c’est emballant !

Pour ce que sont les syndicats, je les trouve formidables en ce qui a trait à la défense de nos conditions de travail (salaire, congés, parité, etc.), mais pour tout ce qui touche à la pédagogie et à notre autonomie professionnelle, qui de mieux placé que les enseignant.e.s eux-mêmes pour en parler !

De continuellement être représentés par des personnes revendicatrices et négatives n’aide en rien notre image, et de penser et parler en notre nom nous limite dans notre expression et notre autonomie… Aujourd’hui retraitée, j’ai la liberté de dire ce que je pense ouvertement. En vous réappropriant le pouvoir qui vous revient, vous l’aurez également.

Je vous souhaite d’avoir confiance et d’exploiter toutes les nouvelles possibilités qui s’offrent à vous à travers cette décentralisation des pouvoirs. Que le meilleur pour vous et vos élèves !