Son procès en destitution s’étant soldé par un acquittement, le président Donald Trump s’est présenté devant le peuple américain regaillardi et plus déterminé que jamais à prendre sa revanche contre ses opposants.

John Parisella John Parisella
Professeur invité au CERIUM (UdeM), ancien délégué général du Québec (New York et Washington) et conseiller spécial chez National

Vindicatif, Trump s’est dit la victime d’un complot monté par la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et ses acolytes ainsi que d’un coup d’État raté du « Deep State » (l’Establishment du gouvernement américain opposé à son élection en 2016).

Comme il l’a fort bien démontré lors de son discours sur l’état de l’Union le 4 février, Donald Trump a le sens du spectacle. Il n’hésite aucunement à attaquer ses adversaires au Congrès, que ce soit par des insultes ou même en remettant en question leur loyauté envers leur pays.

Selon le plus récent sondage Gallup, le président bénéficie d’un taux d’approbation de 49 % (chez les républicains, il se situe à 94 %), son plus haut score depuis son élection.

L’économie roule toujours à plein régime, avec 225 000 emplois créés en janvier. Il faut rappeler qu’au cours des 100 dernières années, les seuls présidents n’ayant pas réussi à décrocher un deuxième mandat – Hoover en 1932, Carter en 1980 et Bush père en 1992 – ont tous affronté des économies en récession.

Cette récente enquête Gallup nous apprend aussi que 43 % des démocrates et 58 % des électeurs indépendants jugent que leur situation économique s’est améliorée sous l’administration Trump. Ce qui explique peut-être en partie la tolérance d’une large part de la population américaine envers les écarts de conduite de leur leader.

Les ratés des démocrates au procès en impeachment (ayant échoué à y faire traduire des témoins) et leur cafouillage lors du caucus de l’Iowa permettent à Donald Trump et à son parti d’espérer gagner non seulement la présidentielle du 3 novembre, mais du coup, reprendre le contrôle de la Chambre des représentants (perdu lors des élections de mi-mandat en novembre 2018).

Bref, à neuf mois du grand rendez-vous électoral, Trump et son parti semblent avoir le vent dans les voiles.

Trop tard pour les démocrates ?

Force est de constater que les démocrates sont loin de susciter le fort enthousiasme qu’ils avaient généré au moment de la course à l’investiture de 2008. Tous se souviendront de la lutte mémorable et historique entre Hillary Clinton et Barack Obama.

Aujourd’hui, c’est l’aile progressiste du parti, rangée largement derrière Bernie Sanders et Elizabeth Warren, qui est la plus énergique et récolte davantage d’appuis financiers. Mais les positions très à gauche de ces deux candidats limitent leur appui potentiel auprès d’un plus large électorat américain.

La candidature de Joe Biden, pourtant le mieux positionné dans la plupart des sondages nationaux pour déloger Trump, suscite des réticences auprès des militants.

Quant à la candidature de l’ancien maire Pete Buttigieg, elle crée certes de l’intérêt, mais ce nouveau venu sur la scène politique américaine n’a pas encore l’allure d’un front runner (nonobstant ses gains récents dans les sondages).

Le fameux Super mardi, début mars, pourrait changer la donne. Surtout si l’ancien maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg, réussit à faire une percée importante.

La stratégie des démocrates s’articule autour de deux volets : trouver avant tout le candidat ou la candidate susceptible de battre Trump et puis développer une vision alternative à ses politiques en matière de santé, d’immigration, de changements climatiques, de contrôle des armes à feu et de lutte contre les inégalités économiques. Idéalement, il faudra un candidat qui saura combiner ces deux stratégies. Présentement, aucune candidature ne possède ce profil…

Les enjeux qui se dessinent

Si on en juge par les propos vitrioliques du président Trump lors du discours sur l’état de l’Union et lors de la conférence de presse qu’il a donnée au lendemain de son acquittement par le Sénat, cette campagne présidentielle de 2020 s’annonce comme la plus polarisante et déchirante de l’histoire moderne des États-Unis.

Trump carbure à la division et à la remise en question des institutions américaines. Il n’hésite pas à déformer les faits et à intimider ses adversaires. Il va même jusqu’à menacer d’expulser des dissidents de son propre parti (comme c’est le cas avec Mitt Romney), tout en utilisant une rhétorique dite populiste et démagogique pour énergiser sa base. Son style et son bilan peuvent être discutables, mais on ne peut pas lui reprocher de gouverner en contradiction de ses promesses de 2016.

Du GOP au Parti Trump

Force est de constater que Donald Trump a transformé son parti. Certains diraient même que le Parti républicain d’aujourd’hui ressemble davantage à un « culte de Trump » qu’au Grand Old Party, héritier d’Abraham Lincoln et de Ronald Reagan. L’appui quasi unanime des républicains au Congrès envers le président (à l’exception de Mitt Romney) démontre à quel point le parti actuel est uni en bloc derrière Trump.

Les preuves présentées contre lui lors de son procès en destitution étaient accablantes, pour ne pas dire irréfutables.

Certains républicains l’ont même avoué publiquement, mais tout en lui restant solidaires.

En novembre 2020, les Américains auront donc à choisir entre deux visions : celle d’une Amérique ouverte et largement fidèle à ses valeurs et aux principes défendus depuis la Seconde Guerre mondiale au moment de devenir LA super puissance mondiale. Ou encore celle d’une Amérique plus isolationniste, farouchement opposée au multilatéralisme et axée surtout sur une approche inspirée par l’America First.

Cette dernière vision est aujourd’hui incarnée essentiellement par le parti de Donald Trump – le « Parti Trump ». Certainement pas le Parti républicain d’antan !