Lettre ouverte au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

Suzanne-G. Chartrand Suzanne-G. Chartrand
Porte-parole du collectif Debout pour l’école  !

Monsieur le Ministre, le jour de votre assermentation, vous affirmiez avoir « un plan de valorisation de la profession enseignante » et vouloir que, durant votre mandat, « les décisions se prennent par ceux et celles qui connaissent les élèves par leur nom ». Nous n’étions pas les seuls à être ravis d’entendre cela.

Notre collectif Debout pour l’école !, qui regroupe plus de 1200 personnes issues en majorité du milieu de l’éducation, a lancé l’an dernier une pétition contenant sept mesures pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage dans les écoles.

Cette pétition qui vous est adressée a été signée par 10 200 personnes, pour la plupart des enseignantes et des enseignants.

Mais malgré quatre courriels, trois appels téléphoniques et deux visites à vos bureaux depuis juin dernier, vous n’avez toujours pas daigné répondre à notre demande de vous rencontrer.

Depuis votre entrée en fonction, vous avez mené de grands projets (maternelle 4 ans, projets de loi 12 et 40, remplacement du cours Éthique et culture religieuse – ECR). Chaque fois, vous avez fait la sourde oreille aux propositions et aux critiques de « ceux et celles qui appellent les élèves par leur nom ».

Des maternelles 4 ans partout ne répondent pas à un besoin

Les travailleuses en garderie et en CPE, leurs organisations syndicales, nombre de spécialistes du développement de l’enfant et de parents ainsi que des groupes citoyens, dont Debout pour l’école !, ont fait valoir que le projet des maternelles 4 ans n’était pas réaliste compte tenu de la pénurie de personnel et de locaux.

Par contre, tous soutenaient que pour socialiser les enfants des milieux défavorisés des villes et des villages et leur permettre d’entrer en douceur dans le monde de l’écrit, il fallait y ouvrir des maternelles 4 ans. 

Cette fois encore, vous n’avez pas écouté celles et ceux qui plaidaient pour l’implantation de maternelles en milieux défavorisés. 

Aujourd’hui, combien de maternelles 4 ans ont été ouvertes, dont combien en milieux défavorisés ?

Des projets de loi contestés par les gens concernés

Plusieurs associations d’enseignants, de parents et de citoyens comme Debout pour l’école ! ont investi des énergies considérables pour faire entendre leur voix en déposant un mémoire à la commission parlementaire sur le projet de loi 12 sur la gratuité scolaire. Nous avons toutefois compris que les jeux étaient déjà faits et que cette commission parlementaire était un simulacre de démocratie. 

Pourtant, le projet de loi remet en cause un principe fondateur de notre système d’éducation, et désormais dans l’école publique, on paiera des droits de scolarité pour accéder à des profils ou des programmes spéciaux sélectifs, un incontestable facteur de discrimination scolaire. Que les élèves dont les parents ne peuvent payer les droits de ces programmes s’en passent !

Et que dire de l’immense coalition contre le projet de loi 40 visant à abolir les commissions scolaires : commissions scolaires, bien entendu, mais aussi syndicats, groupes de parents, organisations citoyennes, constitutionnalistes !

Plusieurs aspects du projet de loi ont été contestés avec raison. Loin d’être une simple réforme administrative, il bouleverse le partage des responsabilités des divers intervenants et concentre plus de pouvoirs entre vos mains.

Non seulement, avant son dépôt, vous n’avez pas organisé de consultation sur les solutions aux problèmes observés dans le fonctionnement des commissions scolaires, mais cette fois-ci encore, hormis les concessions mineures que vous avez annoncées, vous n’avez pas été à l’écoute.

La disparition du cours ECR au profit de quoi ?

Enfin, votre décision d’abolir le cours ECR sans consulter ni même avertir les enseignants qui en ont la responsabilité est franchement choquante. 

Quel mépris, à nouveau, pour « ceux et celles qui appellent les élèves par leur nom » ! Nous ne défendons pas ce cours, mais nous trouvons irresponsable de l’abolir avant même d’en avoir fait un bilan sérieux, et à partir de là, de proposer une solution de rechange mûrie qui fasse l’objet d’un certain consensus parmi les spécialistes universitaires, les enseignants et leurs associations syndicales et professionnelles. Et n’invoquez surtout pas votre consultation qui ressemble à s’y méprendre à un chèque en blanc…

Certes, votre parti est majoritaire à l’Assemblée nationale, tous vos projets de loi peuvent donc être adoptés, et ce, en dépit de désaccords substantiels et argumentés de la part des personnes et des organisations concernées. Mais est-ce bien cela le sens de la démocratie ?

Changer sa position sur un sujet après avoir pris connaissance des divers points de vue et y avoir réfléchi, ce n’est pas faire preuve d’irresponsabilité ou d’incompétence, bien au contraire ; c’est d’ailleurs une des choses qu’on apprend à l’école.