L’équipe de périnatalité sociale du Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent, témoin privilégié de la naissance et du développement de tout-petits à statut précaire, souhaite sonner l’alarme et dénoncer l’impact nocif sur le développement de ces enfants de leur exclusion du réseau des services de garde subventionnés.

Michel Welt et Sanja Stojanovic
Respectivement obstétricien et pédiatre, et cinq autres signataires*

Chaque jour, notre équipe de périnatalité sociale accompagne la grossesse de mères au statut précaire, demandeuses d’asile ou femmes sans statut. Malgré les conditions difficiles dans lesquelles elles ont vécu leur grossesse, ces femmes donnent naissance, grâce à un accompagnement soutenu, à des enfants en bonne santé.

Ces enfants, nous les aidons à venir au monde, nous accompagnons leurs premiers moments et leurs premiers sourires. Notre équipe les revoit ensuite à intervalles réguliers pendant leurs premiers mois pour suivre leur développement : leur tonus est bon, leur développement moteur est adéquat, ils se connectent au monde par le sourire et par le regard. Nous suivons leurs premiers pas, l’évolution de leur curiosité qui en fait d’avides petits explorateurs.

La cassure

Mais vers 18 mois, c’est souvent la cassure : la curiosité s’éteint, le langage arrête d’évoluer, la motricité fine prend du retard. Ces enfants pleins de potentiel commencent à s’étioler faute de stimulation.

C’est que ces enfants de parents demandeurs d’asile n’ont pas le droit de fréquenter le réseau subventionné de services éducatifs à l’enfance dont notre province est fière à très juste titre.

Exclus des milieux de garde subventionnés, privés de stimulation, ces tout-petits dont les parents travaillent sont trop souvent parqués toute la journée devant la télé, gardés à plusieurs dans l’appartement exigu d’une voisine ou d’une connaissance.

Les parents font de leur mieux, coincés entre l’urgence de travailler et de s’intégrer à la société et le manque de services de garde, mais ce sont les enfants qui pâtissent.

Notre équipe de médecine sociale, qui accompagne ces enfants sur le long terme, constate de façon directe l’impact du manque de stimulation et des situations de garde précaire sur le développement des enfants pendant la période cruciale de la petite enfance.

Au moment où le ministre de la Famille lance une grande réflexion collective sur la façon de rejoindre les enfants les plus vulnérables, qui ne fréquentent pas les services de garde, nous ne pouvons que souhaiter qu’une solution soit trouvée pour que les portes des services éducatifs à l’enfance soient enfin ouvertes à ces enfants qui sont les plus vulnérables de nos petits citoyens.

Ces enfants sont nés au Québec, et dans la majorité des cas, ils y passeront leur vie. N’est-il pas profondément injuste de ne pas leur donner les mêmes chances qu’aux autres enfants ?

* Signataires : Julie Baïlon-Poujol, pédiatre ; Virginie Irénah Cadet, travailleuse sociale en périnatalité sociale ; Gwenaëlle Fritiau, accompagnante à la naissance et intervenante en périnatalité ; Christine Durocher, directrice générale, Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent – Au cœur de l’enfance ; Carole Robineau, directrice adjointe, Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent – Au cœur de l’enfance