En réponse au texte de François Godbout, « Retournons à l’origine du projet », publié le 24 décembre 2019

René Dionne René Dionne
Ingénieur retraité, l’auteur a été responsable de la conception des éléments mécaniques du système de levage de la toile du Stade olympique.

Je comprends très bien que vous manifestiez autant d’admiration pour le créateur de cette œuvre magistrale qu’est le Stade olympique. Cependant, votre texte transpire un certain mépris envers les ingénieurs de Lavalin qui ont été affectés à ce projet.

En effet, vous mentionnez que les modifications apportées par Lavalin ne se justifiaient pas. Une de vos références est l’ingénieur français Jean Roret, qui mentionne : « les modifications importantes au projet mécanique ne se justifiaient nullement et constituent l’explication des désordres et des dysfonctionnements constatés, notamment des déchirures de toile ».

Certes, ce monument est un chef-d’œuvre d’architecture, cependant je mettrais un bémol sur l’ingénierie qui a été faite originalement.

À titre d’exemple, la base du mât, beaucoup trop faible, a dû être renforcée, de plus, le mât lui-même qui devait être en béton a été construit en acier afin de diminuer les charges sur ses fondations.

Revenons au sujet qui nous intéresse, soit la conception du toit.

Il aurait été beaucoup plus simple pour Lavalin de reprendre ce qui avait été fait et ainsi récupérer tous les équipements mécaniques déjà fabriqués et entreposés dans les locaux du stade.

Sur la supervision d’un ingénieur de Lavalin, la conception du toit a été confiée à une firme d’ingénierie de Stuttgart en Allemagne, laquelle avait déjà réalisé des travaux similaires pour deux stades de plus petites dimensions.

Grâce aux avancées de la science, la technologie des éléments finis, outil très performant en ingénierie, a été utilisée. Cette technologie n’était cependant pas disponible à l’époque de la conception originale. Le modèle, analysé à l’aide d’ordinateurs, a permis de déterminer la géométrie idéale de la toile, de calculer les tensions dans les câbles et finalement de définir les séquences de levage. Les résultats obtenus par ces analyses ne concordaient pas avec ce qui avait été proposé originalement.

Pour ne mentionner que quelques divergences entre les deux conceptions, je propose, entre autres, deux exemples.

La conception originale prévoyait remiser la toile en entier dans la niche. Or les études ont montré que ce n’était pas possible même après avoir augmenté le volume de la niche au maximum.

Les premiers essais de levage ont confirmé l’exactitude des études faites sous la gouverne de Lavalin.

Un autre exemple, les plus petits treuils installés par Lavalin avaient le double de la capacité des plus gros, déjà fabriqués en France. Les essais ont montré d’une part que les treuils installés n’étaient pas surdimensionnés et que les tensions mesurées dans les câbles correspondaient aux valeurs déterminées par les études. Ces deux faits tendent à nous confirmer qu’il n’y avait pas de fautes majeures dans les travaux d’ingénierie de Lavalin.

La cause des déchirures

Selon les affirmations de l’ingénieur Roret, auxquelles vous faites référence, ce sont les modifications mécaniques qui sont responsables des déchirures de la toile. Or, dans les faits, les déchirures ont été causées par des vents intenses, venant d’une direction bien déterminée. Ce ne sont donc pas les éléments mécaniques qui en sont responsables. La conception originale aurait-elle mis la toile à l’abri de ces vents ?

Le problème des déchirures a été corrigé en ajoutant plusieurs câbles d’acier entre ses chapeaux. Il n’y a eu, par la suite, aucune déchirure jusqu’à la fin de la vie utile de la toile.

Contrairement encore aux affirmations de l’ingénieur Roret, il n’y a pas eu de dysfonctionnements constatés.

Le système de levage a été fonctionnel durant deux étés consécutifs. Il est devenu inopérant à la suite du renforcement de la toile. Modifications qui en ont diminué la flexibilité et augmenté le poids.

Les études très sérieuses faites à ce sujet ont démontré qu’il est illusoire de recouvrir le stade avec une toiture fidèle à ses origines.