Trente policiers désarmés et habillés en civil pour aller à la rencontre de personnes vivant dans des réalités qui leur sont méconnues. Dans son essence, le projet Immersion mis en place au Service de police de l’agglomération de Longueuil par son chef Fady Dagher est pertinent pour les policiers, mais aussi pour nous tous et toutes.

Fabrice Vil Fabrice Vil
Collaboration spéciale

Ce projet met à l’ordre du jour l’importance de mieux nous connaître à travers nos différences respectives, de nous rapprocher.

L’autre est souvent la cible de notre indifférence, de nos réticences ou de notre désapprobation. Malheureusement, apprivoiser est une chose trop oubliée, comme a dit le renard au petit prince.

« On ne connaît que les choses que l’on apprivoise. […] Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. »

Avez-vous envie, comme moi, de plus d’amitié entre les humains ? Et si, comme le renard et le petit prince, on prenait le temps de s’apprivoiser, quel serait notre point de départ ?

Semble-t-il qu’on tissera bien peu de liens entre nous à coups de débats lancés à travers des tweets, des textes d’opinion et des envolées radiophoniques, ou devrais-je dire cacophoniques. Que nous reste-t-il ?

La culture. Elle permet d’apprécier la beauté. Celle qui se vit dans l’expérience de l’autre. La beauté qu’on voit en lui et qui nous permet de voir la nôtre. La culture est un carrefour de partage de qui nous sommes, différents et ensemble. « La culture est la possibilité même de créer, de renouveler et de partager des valeurs, le souffle qui accroît la vitalité de l’humanité », dit un proverbe africain.

Parfois, afin de nous apprivoiser les uns les autres, les meilleurs moyens sont la pièce de théâtre, le partage d’un délicieux repas, la visite au musée, le roman fascinant, la chanson poétique. La culture, bref.

C’est dans ce contexte que j’applaudis, encore cette année, les célébrations qui auront lieu durant le Mois de l’histoire de Noirs. Le 23 novembre 2006, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi visant à faire du mois de février le Mois de l’histoire des Noirs afin de souligner la contribution historique des communautés noires au Québec. Le Québec épousait ainsi un mois de célébrations ayant déjà cours à travers le monde.

IMAGE TIRÉE DU FILM OUVRIR LA VOIX

Une scène du film Ouvrir la voix présenté dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs en 2018.

Certaines personnes y voient là un exercice de ghettoïsation. J’y vois l’inverse : une occasion de communion, puisque tous et toutes peuvent participer à des événements permettant de mieux connaître la réalité des personnes noires au Québec, tant dans une perspective historique que contemporaine. Toute une programmation diversifiée promue par la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs.

Le mois de février est aussi une occasion de souligner les réalisations de personnes issues des communautés noires et qui méritent d’être mieux connues.

D’une part, la Table ronde a sélectionné 13 lauréats et lauréates qui se démarquent dans leurs sphères d’activités respectives. Des gens comme Paul Harry Toussaint, chef du restaurant Agrikol, ou encore Kharoll-Ann Souffrant, une brillante étudiante au doctorat en service social à l’Université d’Ottawa.

Enfin, le Gala Dynastie, qui aura lieu cette année le 1er mars, clôture le mois dans une ambiance festive. Ce gala a pour mission d’honorer l’excellence des personnes issues des communautés noires, que ce soit dans les milieux culturels, du divertissement, des médias et des sports.

Cette année, 88 finalistes dans 22 catégories. Cette année, des personnalités connues comme Pierre-Yves Lord, Jennifer Abel et Frédéric Pierre, mais également des bijoux à découvrir avant que le Québec au complet ait l’occasion de découvrir toute l’étendue de leur talent. Lauréat en 2017, Kevin Raphaël, alors encore méconnu, a exprimé sur scène, avec toute la passion du monde, son souhait qu’une chaîne de télévision lui donne la chance d’animer une émission. Il fut prophète de son propre bonheur.

Qu’il s’agisse du Gala Dynastie ou des autres activités culturelles s’inscrivant dans le cadre du Mois de l’histoire des Noirs, voilà des occasions idéales d’aller à la rencontre des uns des autres, et ainsi de nous apprivoiser.