Si la fin de l’année 2019 a été très difficile pour moi, je nourrissais énormément d’espoir pour 2020. Mais voilà que le vendredi 3 janvier dernier, mon fils de 19 ans et deux de ses amis ont eu un grave accident d’auto sur une route de campagne.

Jackie B. Hamilton Jackie B. Hamilton
Auteure et blogueuse en éveil de conscience

Parmi les trois, mon fils a été le plus touché : hémorragie interne. La ceinture de sécurité, probablement. Il se trouvait sur la banquette arrière et le coup a été si soudain et violent qu’il y a eu perforation au niveau du petit intestin.

Que serait-il arrivé sans la ceinture ? Nous préférons ne pas y penser. Nous savons, toutefois, qu’ils ont été chanceux, nos garçons.

Selon les ambulanciers, dans ce genre d’accident, personne ne survit. Et c’est sur cette phrase que nous nous sommes appuyés pour nous dire que la situation, bien que tout de même dramatique, avait probablement été entourée de la protection des anges. De ce fait, nous ne pouvions qu’éprouver de la reconnaissance.

Les heures qui ont suivi ont été surréalistes en ce qui me concerne. Pendant un moment, je me serais crue dans une de ces séries télévisées, à la différence que c’était bel et bien mon fils qui était allongé sur une civière dans la salle des traumas, carcan au cou, contusions multiples à l’abdomen et transfusé parce qu’il perdait beaucoup de sang.

Lorsque la chirurgienne est venue le voir pour lui expliquer qu’il fallait l’opérer d’urgence sans quoi il ne s’en sortirait pas, il est resté d’un calme désarmant. Il faut dire qu’à mon arrivée quelques minutes avant, il m’avait dit : « Ça va aller, maman. » Comme si c’était à lui de me rassurer et non l’inverse…

Bien que j’aie vraiment cru que j’allais me taper un arrêt cardiaque à un certain moment – parce qu’on ne peut pas demander à une mère de voir son enfant souffrir sans rien faire –, une chose qui m’a vraiment frappée ce soir-là, c’est l’ambiance qui régnait dans la salle de traumatologie.

Rien à voir avec ce qu’on voit dans les films. D’abord, personne ne nous a fait sortir sous prétexte que nous dérangions le personnel. Tout le monde travaillait en équipe et, ça fait bizarre de dire ceci, presque dans la bonne humeur. Du coup, cela nous a rassurés et mis en confiance. D’une certaine façon, le drame dans lequel nous nous trouvions plongés s’en trouvait quelque peu allégé.

Une parole, un sourire

Quelques heures plus tard, lorsque nous nous sommes retrouvés dans le couloir en face de la salle de réveil, nous avons vu défiler plusieurs personnes – certaines ayant participé à l’intervention chirurgicale ; d’autres, non – et chacune d’elles nous a adressé soit une parole d’encouragement, soit un sourire. Une femme de ménage y compris. Nous avons trouvé cela vraiment étrange, mais incroyablement réconfortant en même temps.

Mon fils est resté à l’hôpital sept jours et j’y étais en quasi permanence, en alternance avec son père. Nous en avons vu passer des infirmières, des préposés et des femmes de ménage. Des personnes ayant toutes le même titre, les mêmes fonctions, mais d’une à l’autre, ça n’était pas pareil. Je faisais d’ailleurs remarquer à mon fils à quel point le contact humain est important et il était d’accord avec moi.

Il est faux de penser qu’une piqûre n’est qu’une simple piqûre, qu’un repas servi n’est qu’un simple repas, qu’un changement de serviettes n’est qu’un simple changement de serviettes.

Il y a le geste qui est fait par une personne bienveillante et celui qui est fait par une personne qui fait tout simplement son travail et qui est probablement préoccupée ou stressée, déconnectée d’elle-même et des autres.

En fin de compte, oui, le médicament fera tout de même effet, mais l’expérience, elle, ne sera jamais aussi enveloppante que si elle a lieu en présence de quelqu’un qui porte en lui le don de soi, l’amour de son prochain.

Nous avons eu de la chance ; nous sommes tombés sur du personnel qui, en partie, a compris que ce « petit plus » allait alléger l’épreuve que nous vivions. Il y a même cette femme de ménage qui proposait d’apporter des sucettes à mon fils…

Vous croyez que cette femme ne faisait que son travail ? Non, cette femme a compris que pour rendre son travail vraiment intéressant, elle devait y ajouter un peu d’humanité, tout simplement.