La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, est une précieuse fenêtre sur le réel.

Virginie Larivière Virginie Larivière
Porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Elle donne à voir et à entendre des histoires de vie dont le parcours est interrompu par des situations aussi malheureuses que pénibles et dont il est ardu de reprendre le fil. De nombreux constats d’échec du système de protection de la jeunesse y sont rapportés. La Commission n’est pas terminée, mais le Collectif pour un Québec sans pauvreté en tire déjà deux constats clairs.

Investir dans les services publics et les programmes sociaux

Premier constat : le manque criant de ressources, notamment en amont des services de la protection de la jeunesse. Dans un souci comptable, Québec a rogné au cours des années le budget des services de première ligne et de prévention. Il s’en est suivi un engorgement des services de protection de la jeunesse. En effet, le nombre de signalements annuels à la DPJ est passé en 15 ans de 68 000 à 105 000.

À quelques mois du dévoilement du budget du Québec, le Collectif invite le ministre de la Santé et des Services sociaux, Lionel Carmant, à donner suite aux recommandations préliminaires de Régine Laurent et à réinvestir dans les programmes d’accompagnement, que ce soit en amont ou en aval des services de protection de la jeunesse.

Rehausser les revenus des familles et des personnes

Deuxième constat : l’incidence de la pauvreté dans les histoires de vie qui sont rapportées pendant la Commission. À ce propos, de nombreux intervenants ont rappelé aux commissaires que, sans être le seul facteur à considérer, la pauvreté demeure un déterminant social de la santé et de la vulnérabilité des familles et des personnes. En amont comme en aval des services de protection de la jeunesse, le rehaussement du revenu des familles et des personnes est un moyen que le gouvernement doit envisager.

Par exemple, l’aide financière de dernier recours ne permet de couvrir qu’une fraction des besoins de base reconnus. Il urge de rehausser les prestations. Cela aurait notamment pour effet de donner une véritable chance aux jeunes qui sortent des services de la protection de la jeunesse et d’améliorer leur situation.

L’instabilité, l’insécurité et la pauvreté caractérisent pour beaucoup la vie après la DPJ.

Une étude récente révèle de plus qu’un jeune adulte sur cinq connaît au moins une expérience d’itinérance dans l’année suivant sa sortie d’un centre jeunesse.

Dès le prochain budget

Si le gouvernement du Québec souhaite résorber la crise qui secoue les services de protection de la jeunesse, il doit élargir son champ d’action et investir massivement dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. À cet égard, on est en droit d’espérer que le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, saura faire preuve d’initiative dès le prochain budget pour augmenter le revenu des familles et des personnes et améliorer leurs conditions de vie.