L’extrait du livre La violence des agneaux * paru récemment dans ces pages m’a donné à réfléchir et fait mettre en lien le caractère belliqueux largement dominant et inné des humains avec l’actualité mondiale.

Nicole Hébert Nicole Hébert
Psychologue à la retraite

Il y a 40 ans de cela, j’ai joué à Risk avec quelques-uns de mes amis. Seulement deux fois car chacune des parties me mettait dans une rage contre ces gars qui me traitaient de haut avec leurs stratégies, leurs alliances que je ne parvenais jamais à défier. C’était juste hors de ma zone.

Maintenant, nous sommes tous plongés dans une partie de Risk il me semble, que nous le voulions ou non. Le boys’ club s’en donne à coeur joie et les pions ne font qu’exécuter les basses oeuvres de ceux qui ont la tâche de gouverner des pays. Des pays où vivent et travaillent des millions de personnes qui ne demandent qu’à s’occuper en paix de leur famille, à étudier, à exercer leur profession, à faire progresser le monde par leur art, leurs connaissances. Mais voici que l’on se sert de ces mêmes gens pour punir, se faire justice, soi-disant, en restreignant leur accès à des denrées essentielles.

Les sanctions économiques sont d’une extrême violence envers les peuples.

Le pouvoir que détiennent ces hommes, et je dis bien ces hommes, d’envoyer des engins tuer et détruire, pourrait ne pas être utilisé à ces funestes prétextes. Il pourrait être endigué, dompté. Oh, sans doute que je ne comprends pas suffisamment les fameux enjeux, même si je lis, j’écoute, je pose des questions. Mais non, je persiste à croire que ces actes de destruction commis au nom de la protection, de la défense, de la prévention du pire, ces actes pourraient ne pas être commis si seulement la nature humaine savait se sortir de cette spirale sans fin. Mais je rêve.

Réguler l'agressivité

Il se trouve que les humains naissent avec un bagage d’agressivité naturellement nécessaire à la survie. Cette agressivité est en général régulée, adaptée par la socialisation et des modèles civilisés, tel qu’expliqué dans l’œuvre du psychologue Richard E. Tremblay et rapporté par Mathieu-Robert Sauvé dans son livre La violence des agneaux. Or, les garçons reçoivent depuis la nuit des temps une éducation différenciée empreinte d’une tolérance tacite de leurs gestes agressifs. Boys will be boys, comme on dit. On les laisse se chamailler, ça fait dépenser l’énergie en trop. Au hockey, on les laisse se battre et se blesser sans réelles conséquences, mis à part les blessures infligées.

Les garçons ne bénéficient pas tous d’une éducation et de modèles suffisamment édifiants pour endiguer la force agressive innée qu’ils portent.

Toutes sortes de raisons et de frustrations en amènent bon nombre à commettre l’irréparable. Et dans toute la gamme d’irréparables, il existe de multiples formes de violence, à des échelles tout aussi diverses, individuelle, sociale, conjugale, familiale, institutionnelle et gouvernementale.

En effet, ceux qui détiennent le pouvoir ont la possibilité de mettre en œuvre la violence qu’ils portent naturellement en eux. Les plus sophistiqués la font perpétrer par personne ou organisme interposé. Ainsi, le président des États-Unis ne sait sans doute même pas qui précisément a procédé à l’exécution de Soleimani. Et l’ayatollah Khamenei n’a pas appuyé lui-même sur le bouton pour envoyer le missile sur l’avion qui s’est écrasé, tuant 176 personnes. Ces deux hommes jouent au Risk Puissance mondiale. Sauf exception (pensez à Margaret Thatcher), c’est pour les gars, ce jeu.

Leur virilité s’exprime à travers une vision de conquête du plus grand territoire possible et la suprématie qui en découle.

L’histoire nous a montré que de nombreux hommes puissants prennent leur pied à élaborer des stratégies pour maintenir leur autorité sur les peuples.

En ce moment, on n’a qu’à penser à Poutine et à la Crimée, l’Ukraine, à Nétanyahou et ses colonies en expansion. Ou encore à Xi Jinping qui fait tout pour voir revenir Hong Kong et Taïwan dans le giron serré de la Chine communiste. C’est sans compter, bien sûr, Mohammed ben Salmane qui règne sans pitié et fait assassiner ceux qui s’opposent à sa dictature, en faisant payer ses sbires en toute légitimité.

Les femmes en poste gravitant autour de ces potentats ne sont que des marionnettes assurant leur survie au sein de régimes cruels. Les rares ayant été auréolées de noblesse d’âme, comme Aung San Suu Kyi, ont dû ensuite s’écraser pour suivre les ordres du régime auquel elles doivent allégeance. La voyant apparaître dans les médias, on croirait cette dernière droguée tellement elle ne ressemble pas à l’icône déjà encensée pour sa défense des droits de la personne. Une exception, en la personne de Tsai Ing-wen, vient de remporter les élections comme présidente de Taïwan et affirme pouvoir tenir tête à Pékin dans ses velléités de reprise totale de pouvoir sur son île. 

Cette femme-là sait peut-être jouer au Risk, qui sait ?