Le constat est pour le moins accablant. Partout ou presque, nos démocraties vacillent.

Joël Boucher Joël Boucher
Saint-Bruno-de-Montarville

Pourtant, et plus que jamais, le péril relatif à la santé écologique passe inexorablement par des démocraties fondées sur la sagesse de promouvoir le bien commun. Plus qu’un objectif, c’est un préalable et mieux encore, une condition sans laquelle l’avenir s’annonce sombre pour les futures générations d’Homo sapiens.

Les démocraties occidentales avec leurs crises et leurs ratés, et aussi fragiles soient-elles, demeurent néanmoins les seuls remparts avec lesquels il est possible d’envisager un monde meilleur pour le plus grand nombre d’entre nous.

L’humanité est en péril précisément parce qu’elle manque d’humanité.

Avec la victoire des Alliés face au régime hitlérien et l’effondrement du régime soviétique à la fin des années 80, la fin du XXe siècle nous promettait des perspectives réjouissantes avec l’avènement de nouvelles démocraties dans les pays du « tiers monde », que l’on qualifiait ainsi naguère, alors que ces pays représentent aujourd’hui la vaste majorité de la population mondiale. Il a fallu que le libéralisme économique, dont les vertus sont réelles, mais dont les dérapages le sont tout autant, devienne la sacro-sainte religion pour réaliser que cette planète avait ses limites face aux ambitions, l’avidité et la gourmandise d’une petite minorité d’entre nous.

Du réchauffement de la planète jusqu’au basculement démographique, la gestion de l’environnement appelle les pays développés (sans compter sur la Russie et la Chine) à faire face à un choix de civilisation : protéger ses privilèges par des politiques économiques et militaires belliqueuses en s’enfermant dans une approche dite « d’apartheid », ou emprunter une voie centrée sur l’être humain, où la redistribution de la richesse deviendra la valeur dominante qui saura à son tour favoriser de nouveaux foyers démocratiques.

Le carrefour est devant nous, encore… mais pour combien de temps ? Car le portrait mondial actuel est d’une défaillance dégoûtante.

L’absence de redistribution de la richesse mondiale est une machine à fabriquer des États militaires, d’extrême droite, voire terroristes qui s’appuient sur des masses désabusées lorsqu’elles ne sont pas désillusionnées, pour qui les enjeux environnementaux sont en bas de la liste des priorités.

Effectivement, les pays sont comme les humains qui composent ces mêmes pays et si nous empruntons, le temps d’un article, les principes de la pyramide de Maslow, on ne peut souhaiter et encore moins exiger que ces pays se retroussent les manches pour prendre soin de leur environnement lorsque leurs besoins fondamentaux ne sont nullement comblés.

Rappelons qu’aujourd’hui, les pays sans démocratie aucune ou fabriquée artificiellement abritent 80 % de la population mondiale. En fermant les yeux et en faisant la sourde oreille face aux règles du jeu économique foncièrement injustes, déloyales et immorales, les démocraties occidentales sont-elles sur le point de scier la branche sur laquelle elles sont assises ? 

Pire encore, sommes-nous par notre silence complices en train de compromettre l’avenir même de nos enfants qui ont encore l’espoir d’y croire avec une réelle légitimité ? À quand les espaces publics où puissent être exprimées et débattues les grandes questions de fond qui touchent franchement nos valeurs non pas occidentales, mais humaines, faute de quoi ce vide spirituel laissera la porte grande ouverte au fanatisme et au populisme qui nous éloignent des vrais enjeux à caractère écologique ? À quand nos démocraties avec des modèles de vie inspirants non pas économiques, mais humanistes ?