Les années 20 du XXe siècle ont été une période faste où l’insouciance ambiante, à l’aube du pire krach financier de l’histoire et de la montée du fascisme, a laissé à cette décennie le surnom des « années folles ».

Alexandre Taillefer Alexandre Taillefer
Collaboration spéciale

La nouvelle décennie pourrait bien se voir affubler du même descriptif, mais pour des raisons fort différentes. Plusieurs paradigmes seront profondément modifiés, avec comme conséquence des changements auxquels l’humanité a rarement eu à faire face, suscitant anxiété, mais aussi espoir. Les 10 prochaines années pourraient bien mettre la table à une ère complètement transformée.

Pas que des consommateurs

Au cœur de la prochaine décennie, nous verrons un changement profond des habitudes de la population intimement lié à la place de plus en plus grande qu’occuperont les milléniaux dans toutes les sphères de la société. Ces derniers remettront enfin des idéaux plus grands que le seul consumérisme à l’ordre du jour, en mettant de l’avant des valeurs communes puissantes et une vision internationale qui ira au-delà des classes et des frontières.

Les entreprises devront s’adapter ou mourir. Les monopoles seront pourchassés et l’économie locale, sociale et responsable sera florissante. Le capitalisme sera redéfini sur des bases solides et durables.

La révolution énergétique verte

Le secteur de l’énergie connaîtra des bouleversements durables. Les énergies renouvelables deviendront de plus en plus économiques et l’énergie produite par le solaire ou l’éolien pourra être emmagasinée, ce qui fera de ces énergies propres des énergies pouvant nous alimenter en tout temps, pas seulement quand il fait soleil ou qu’il vente.

Le stockage d’énergie éliminera ce qui constitue le cœur de l’industrie énergétique d’aujourd’hui : les pointes. Cette modification jumelée à l’apparition de l’internet de l’énergie, qui permettra à tout un chacun de produire et de revendre de l’énergie, entraînera une refonte profonde des modèles d’affaires des distributeurs d’électricité.

Déjà, la Chine, qui a pris le devant comme innovateur numéro un en énergie renouvelable, implante chaque trimestre l’équivalent de la capacité complète d’Hydro-Québec. Aux États-Unis, il y a déjà cinq fois plus d’emplois dans le secteur des énergies renouvelables que dans le secteur traditionnel, et l’Europe n’est pas en reste avec une croissance qui s’accélère et dépasse maintenant le seuil de 20 % d’énergie produite de façon renouvelable. 

Cette révolution énergétique permettra entre autres à l’Afrique d’accélérer son développement, mais entraînera aussi beaucoup d’incertitudes pour les entreprises qui comptent sur les paradigmes traditionnels pour générer des profits. Pensons à Hydro-Québec, qui devra composer avec un environnement particulièrement volatil lorsque ses contrats à terme prendront fin.

La fin des énergies fossiles

La montée en puissance des énergies vertes sera une très mauvaise nouvelle pour les entreprises dans le secteur de l’énergie fossile. On estime à quelques milliers de milliards (!) les sommes actuellement investies dans ces entreprises par les différents fonds, comme la Caisse de dépôt et placement du Québec et des milliers d’autres.

Cet argent est présentement détenu sous forme d’actions ou de dettes. Déjà, l’Arabie saoudite anticipe la débandade en choisissant de transformer Aramco, société d’État productrice de pétrole, en société publique et d’en vendre un peu plus de 1 %. Le champ est libre pour qu’ils écoulent petit à petit les 2 trilliards de dollars qu’il leur reste !

Lorsque les marchés comprendront finalement à quel point la fin est proche, avec entre autres une part de marché des véhicules électriques qui surpassera celle des véhicules à énergie fossile d’ici six ou sept ans, soit beaucoup plus rapidement qu’anticipé, une ruée vers la sortie des fonds d’investissement entraînera un effondrement économique bien plus grand que ceux que nous avons connus. Sans parler des implications géopolitiques qu’entraînera la fin des pétrorégimes. Le tout devrait se produire avant la fin des années 20.

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« Oui, les 10 prochaines années seront vraiment complètement folles », conclut notre collaborateur.

Les avancées technologiques avec, au centre, l’ordinateur quantique

La seconde grande révolution que notre décennie connaîtra sera liée à la puissance des ordinateurs qui fera mentir pour la première fois la loi de Moore, qui a prédit que le pouvoir de calcul des ordinateurs doublerait chaque année. On parle, dans le cas des ordinateurs dits quantiques, d’un saut de millions de fois plus vite.

Un problème qu’on met aujourd’hui 10 000 années à résoudre avec des ordinateurs traditionnels ne prendra dans l’avenir que quelques secondes.

Toute cette puissance ouvrira la porte à des réponses qui sont aujourd’hui hors de notre portée, qu’elles soient liées à des molécules pour combattre les maladies, à l’analyse de l’impact des politiques sociales ou à l’optimisation des chaînes logistiques. Ce nouveau potentiel de calcul quasi infini, accessible par le nuage et comptant sur des réseaux 5G hyper rapides, amplifiera l’impact de l’intelligence artificielle et de la robotisation tout en diminuant de façon considérable l’énergie requise pour y arriver. Avec de nombreuses conséquences comme le rapatriement de la production de biens fabriqués dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché, l’éradication du cancer ou encore des véhicules partagés qui se conduiront enfin seuls.

Tous ces changements entraîneront énormément de craintes, d’anxiété, mais aussi d’espoir.

Un espoir de voir poindre une société plus juste, plus équitable, un monde plus lent, plus humain, nécessitant moins de ressources physiques et financières pour permettre à un plus grand nombre de vivre décemment, de profiter du peu de temps que l’on passe sur Terre pour s’épanouir.

Ce monde qui se refaçonne nécessitera beaucoup de lucidité législative pour s’assurer que les avancées que nous connaîtrons bénéficient à la société dans son ensemble, et non qu’à une poignée d’individus qui s’approprient les richesses mondiales. Oui, les 10 prochaines années seront vraiment complètement folles.