Chaque année, les gens honorent leur devoir de mémoire envers les victimes de la tuerie qui s’est déroulée à Polytechnique, le 6 décembre 1989. Ce jour sombre où 14 femmes ont été sauvagement assassinées, simplement parce qu’elles étaient des femmes.

Édith Cloutier Édith Cloutier
Présidente du C.A. de la Fondation Y des femmes de Montréal et dirigeante de Rogers au Québec

J’avais l’âge de ces femmes en 1989. D’où je me trouvais ce jour-là, j’ai entendu hurler les sirènes des ambulances. Cela aurait pu être moi. Cela aurait pu être n’importe quelle femme. Cela aurait pu être votre fille, votre sœur, votre « blonde » ou votre mère.

Arrêtons-nous un moment pour y penser.

J’aime à penser que toutes les femmes du Québec, dès le 7 décembre 1989, ont pris le relais des victimes de Polytechnique. Les femmes ont agi, malgré tout. Certaines sont devenues politiciennes, entrepreneures, médecins ou ingénieures. Elles ont saisi l’avenir qui a été volé aux 14 battantes disparues la veille. Elles ont gagné.

Comme femme, aujourd’hui, il est donc important pour moi de partager mes réussites, ma fierté et mes ambitions avec les victimes de Polytechnique.

En quelque sorte, je considère qu’une part de la réussite des femmes d’aujourd’hui appartient à ces femmes assassinées à Polytechnique, et à toutes les autres qui l’ont été par la suite, parce qu’elles étaient femmes.

Force est de constater que les 31 années qui nous séparent désormais du 6 décembre 1989 témoignent du chemin parcouru par notre société, et, fort heureusement, du fait que les choses ont grandement progressé depuis.

Cependant, le 6 décembre est aussi l’occasion de prendre la mesure du chemin qui reste à parcourir pour la cause des femmes. À cet égard, le 6 décembre 2020 ne sera pas comme les autres.

En ce 6 décembre 2020, la pandémie nous fait réaliser que les acquis des femmes depuis 31 ans sont peut-être moins solides que nous le pensions, notamment en ce qui a trait à l’emploi. En effet, aux premières heures du confinement, ce sont les femmes qui ont été les premières victimes, accumulant des pertes d’emploi plus de deux fois supérieures à celles des hommes. Et puis, récemment, une étude de l’INSPQ nous apprenait que 54 % des femmes disent être anxieuses en période de confinement, contre 39 % des hommes. Faut-il vraiment s’en étonner ?

Toutes les conséquences sociales et économiques de la pandémie s’abattent plus sévèrement sur les femmes.

Ainsi, les femmes subissent aussi plus lourdement les impacts négatifs de la COVID-19. Un rapport récemment publié par Hébergement femmes Canada montre que depuis le début de la pandémie, la gravité de la violence à l’égard des femmes cherchant un refuge a doublée.

Ne vous y trompez pas, il ne s’agit probablement que de la pointe de l’iceberg. N’oublions pas que le virus a enfermé plusieurs femmes avec un agresseur dont la capacité de contrôle a été décuplée par le confinement. Ainsi, plus nous analysons les conséquences de la pandémie sur leur vie, la liberté et la dignité des femmes du Québec, plus il y a lieu de s’inquiéter.

Le 6 décembre 1989 nous a enseigné que la société ne pouvait pas rester les bras croisés devant la violence faite aux femmes. Le 6 décembre 2020 nous apprend, quant à lui, que les femmes ne sont pas encore à l’abri de l’inégalité et de la violence. Encore une fois, la société ne peut rester les bras croisés devant cette réalité. Nous devons agir !

Je profite donc de cette journée de commémoration pour inviter à l’action.

Plus que jamais, en 2020, les forces vives de la société doivent mettre l’épaule à la roue pour créer une société plus juste, plus égalitaire et moins violente. Nous devons cela aux 14 battantes de Polytechnique et à toutes celles qu’elles inspirent.

Comme dirigeante de Rogers au Québec et présidente du C.A. de la Fondation Y des femmes de Montréal, j’applaudis les initiatives de sensibilisation visant le grand public, telles que la campagne annuelle des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

Chez Rogers, nous avons fait de l’égalité des femmes et de la préservation de leur santé mentale des mesures phares de notre programme de diversité et d’inclusion. La cause des femmes fait partie de l’ADN de l’entreprise. À ce titre, Rogers a fait le don de centaines de téléphones gratuits et de forfaits de données aux maisons d’hébergement pour femmes du Québec jeudi dernier. Cela permettra à ces femmes de bénéficier d’une plus grande connectivité au moment où elles en ont le plus besoin.

Puisque cette pandémie afflige particulièrement les femmes, le moment est idéal comme employeur de se donner des moyens et des outils concrets qui permettront à nos employées de pleinement s’épanouir. Les femmes dans nos entreprises doivent pouvoir accéder à des ressources pour les soutenir psychologiquement et pour les aider si leur sécurité au sein de leur foyer est menacée.

Chères consœurs et chers confrères employeurs du Québec, n’oubliez pas. Aujourd’hui, nous sommes le 6 décembre. C’est un moment pour se souvenir de 14 femmes qui étaient des battantes. Demain, nous serons le 7 décembre. Ce sera alors le moment d’agir pour garantir l’égalité des chances pour toutes les femmes.