Myriam est embauchée sur une base régulière par une agence de placement afin de faire du ménage dans des CHSLD. Durant la première phase de la pandémie, elle travaillait avec des outils de protection minimaux, comme bien des employés. Léopold travaille chaque nuit dans un entrepôt de distribution alimentaire. Lui aussi était au travail pendant que nous nous terrions tous et toutes dans nos maisons. Les noms sont fictifs, mais les situations bien réelles.

Marjorie Villefranche, Stephan Reichhold et Françoise David
Respectivement directrice de la Maison d’Haïti, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, et ex-députée de l’Assemblée nationale

Qu’ont en commun Myriam et Léopold ? Ce sont des demandeurs d’asile dont la demande est en cours de traitement par le gouvernement fédéral. Ce sont aussi des anges gardiens. Vous vous rappelez, celles et ceux dont on louait le courage le printemps dernier ? Mais Myriam et Léopold ne sont pas admissibles au programme qui ouvrira bientôt pour régulariser rapidement la situation des anges gardiens. Pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas en contact direct avec les malades ou les personnes aînées lors du confinement général. Même si nettoyer la chambre d’un CHSLD pose en soi un risque. Même si travailler dans le secteur alimentaire n’est pas de tout repos, plusieurs éclosions de COVID-19 l’ont démontré. Bien des Myriam et Léopold risquent d’être déportés. C’est comme ça qu’on remercie les anges gardiennes, les anges gardiens ?

Nous sommes outrés. Et nous ne sommes pas seuls. Samedi, la Coalition pour la régularisation des statuts organisait un rassemblement devant le bureau du premier ministre du Québec pour réclamer l’élargissement de la liste des personnes admissibles au fameux programme. Des personnalités sont venues en appui : Louise Arbour, ancienne représentante des Nations unies pour les migrations, Rachida Azdouz, essayiste et psychologue, Christian Yaccarini, président-directeur général de la Société de développement Angus. Aussi des députés de plusieurs partis politiques : QS, PLQ, NPD. La réponse est venue samedi en fin d’après-midi de la ministre de l’Immigration, Nadine Girault : c’est non. Ni maintenant ni plus tard.

C’est tout de même étonnant. Le mardi 17 novembre, le premier ministre François Legault, en réponse à une question de Manon Massé à l’Assemblée nationale, déclarait : nous allons élargir le programme ! Pourtant, quelques jours plus tard, sa ministre oppose une fin de non-recevoir à la Coalition sur la régularisation des sans-papiers.

Pourquoi fermer une porte ouverte avant même que la discussion n’ait commencé ? Mme Girault a-t-elle reçu une commande du premier ministre ? C’est à celui-ci de répondre.

Nous demandons à M. Legault de faire preuve d’humanité et de bon sens. Humanité, parce que durant la deuxième vague de COVID-19, nous avons des concitoyennes et des concitoyens sans statut qui continuent de travailler dans des conditions difficiles pour assurer le bien-être de personnes vulnérables ou pour notre bien-être collectif. Il n’y a aucune raison de refuser une régularisation de leur statut. Bon sens, parce que la société québécoise a besoin de ces personnes qui travaillent avec constance et dévouement. Nous sommes en pénurie de main-d’œuvre, le premier ministre l’oublie-t-il ?

M. Legault nous a habitués à tenir parole dans plusieurs dossiers, même les plus contestés. Cette fois-ci, visiblement, il recule. Pourquoi ? Nous lui demandons, quant à nous, de respecter sa promesse. Pour que nous soyons collectivement fiers de la manière dont nous traitons des personnes parmi les plus vulnérables d’entre nous.