Avant de penser au réveillon, on devrait s’occuper des écoles

Patrick Déry
Patrick Déry Analyste en politiques publiques

« On ne peut pas supporter 1000 nouveaux cas par jour au Québec. »

« Je trouve ça dur 20 décès en une journée. C’est énorme. Est-ce qu’on va avoir ça encore pendant quelques jours ? C’est inacceptable. » Voilà ce que disait François Legault le 22 octobre.

Cette semaine, le bilan du Québec s’alourdissait de 1200 cas et de près de 30 décès chaque jour, en moyenne. Et on vient de mettre la dinde au four, un mois d’avance.

MM. Legault, Dubé et Arruda s’évertuent à répéter que la situation est « stable » et « sous contrôle », mais les chiffres disent le contraire. Globalement, ça monte. Oui, on voit une tendance à la baisse depuis quelques jours. C’est arrivé deux fois en octobre. On connaît la suite.

Depuis les fermetures du début octobre, le passage à l’enseignement en alternance et l’ajout du masque en classe au secondaire, on n’a plus rien fait ensuite à part espérer que le nombre de cas redescende de lui-même. C’est possible que ça arrive, mais le contraire est plus plausible.

C’est aussi ce que croit l’Agence de la santé publique du Canada. Selon ses prévisions publiées vendredi, le pays pourrait voir 20 000 nouveaux cas par jour avant la fin de l’année, quatre fois plus que présentement. Le scénario pessimiste va jusqu’à 60 000 cas.

Même si le portrait est moins dramatique au Québec que dans l’Ouest, le scénario le plus probable pour notre province (si on ne réduit pas plus nos contacts) reste une hausse graduelle vers les 1500 cas par jour en décembre, peut-être plus, avec les répercussions prévisibles sur les hospitalisations et les décès. La dinde pourrait passer de travers.

Des quarantaines de sept jours

On en a tous plein notre casque de la COVID-19, mais ça ne fera pas changer la façon dont le virus se comporte. C’est pourtant ce que semble espérer le gouvernement.

D’abord en devançant le congé scolaire de quelques jours, au 17 décembre, afin qu’on puisse souper en famille le 24, seulement sept jours plus tard. On comprend que c’est plus simple pour les élèves, les profs, les parents et les employeurs, mais le virus s’en fiche.

Québec exige encore que les voyageurs s’isolent pendant 14 jours à leur retour. Les patients qui ont eu un test positif, avec ou sans symptômes, doivent rester à la maison – ou même dans leur chambre – pendant 10 jours. Mais pour le réveillon du 24 décembre, sept jours seront suffisants. La Santé publique n’a pas dit ce qui avait changé dans sa compréhension du virus…

Ensuite, après l’avoir fait récemment pour les écoles, le gouvernement a encore une fois – consciemment ou non – minimisé le rôle des aérosols dans la propagation du virus, qui est pourtant bien établi.

On va passer la soirée à 10 dans la même pièce, mais il suffit d’asseoir grand-maman à deux mètres pour qu’elle soit protégée…

M. Legault évoquait jeudi le fait que pour plusieurs personnes âgées, ça pourrait être le dernier Noël. On vient de s’assurer que ce sera le cas pour quelques-uns d’entre eux de plus.

C’est sans compter le retour des Fêtes. Sept jours de quarantaine avant de revenir au boulot ou à l’école (primaire), après s’être potentiellement échangé le virus pendant quatre jours entre famille et amis, c’est encore peu. Le risque d’une hausse importante des cas est réel. On devrait au moins le dire plus clairement.

Avant la dinde, les écoles

Au-delà de tout ça, et même si le premier ministre parle d’un « contrat moral », annoncer les conditions du réveillon un mois d’avance est une immense distraction.

Entre la mi-octobre et la mi-novembre, les cas quotidiens chez les 0-9 ans ont plus que doublé, d’une cinquantaine par jour à un peu plus de 100. Chez les 10-19 ans, après une stabilité en octobre, on a vu une hausse de 25 % en seulement 10 jours. Les mesures en classe ne semblent pas suffisantes. Et, les travailleurs dans les résidences et CHSLD ayant parfois des enfants, le virus finit par y entrer.

En Ontario, où l’enseignement à distance est offert à tous (y compris au primaire) et où le masque est porté en classe dès 9 ans, on comptait hier 1150 cas actifs dans les écoles.

Au Québec, c’était plus de 3500, ou cinq fois plus en proportion de notre population.

La réticence mal placée du Québec envers l’école à distance – temporaire, pour ceux qui le peuvent et qui le veulent, et non « mur-à-mur » – est en train de coûter des vies, en plus d’augmenter le fardeau de ceux qui nous soignent.

Avant de penser au réveillon, on devrait s’occuper des écoles.

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