Avez-vous remarqué que malgré tout le harcèlement de Donald Trump et ses promesses salvatrices avant les élections, Pfizer a attendu la déclaration du vainqueur du scrutin américain avant de sortir ses résultats ? Un hasard ? Peut-être. Chose certaine, si l’entreprise avait rapporté la bonne nouvelle quelques semaines avant le vote, les chances de Trump de gagner la présidence auraient été probablement plus élevées. Alors, je repose la question : pourquoi la nouvelle est-elle arrivée juste après l’élection ?

Boucar Diouf Boucar Diouf
Humoriste, conteur, biologiste et animateur

C’est peut-être une coïncidence imposée par les exigences temporelles de l’expérience, mais si j’étais le grand patron de Pfizer, je préférerais Joe Biden pour accompagner les dernières et plus délicates étapes de ce gigantesque projet. Je parle ici de la pédagogie autour de l’acceptation et de l’adhésion à la vaccination.
En cause, contrairement à Donald, qui mérite largement la médaille de la plus minable gestion de la pandémie du monde occidental et peut faire tout dérailler en un tweet, Biden est plus prévisible, mesuré et il croit à la science. Ce qui peut faire une grande différence en ces temps de péril conspirationniste.

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Bien que l’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19 se présente comme la lumière au bout du tunnel, il faudra demeurer prudent face aux facteurs qui pourraient miner l’adhésion de la population à la vaccination.

Il faut maintenant espérer que Trump n’en veuille pas aux pharmaceutiques de l’avoir privé de ces munitions préélectorales dont il avait tant besoin pour espérer la victoire. Autrement dit, maintenant qu’il est immunisé et très fâché, jouera-t-il dans les complots contre les vaccins pour nuire aux tentatives de Biden de contrôler la pandémie ? La question se pose, car en bloquant tous les accès à l’information à l’équipe Biden et à son comité chargé de s’occuper de la pandémie et de la logistique de vaccination, on peut dire qu’il a déjà commencé son entreprise de sabotage des initiatives de son successeur.

Mais laissons le locataire de la Maison-Blanche, qui s’en croyait le propriétaire, finir douloureusement de faire ses boîtes et de vider les placards du 1600, Pennsylvania Avenue, des nombreux squelettes qu’il y a cachés. Revenons donc à nos vaccins qui, contrairement à son administration, semblent pouvoir faire preuve d’efficacité contre le virus.

Au-delà des risques associés à la mauvaise humeur du président Trump, maintenant que les vaccins sont en route, il faudra se méfier aussi de trois autres acteurs qui pourraient miner l’adhésion à la vaccination. La première de ces menaces, ce sont les médias de masse, car malheureusement, aujourd’hui, si vous avez une théorie conspirationniste sur la dangerosité du masque ; croyez que Donald Trump est un élu céleste traqueur de pédophiles ; pensez que la Terre est plate ou adhérez à toute autre ineptie des temps passés ou modernes, il y aura un média pour braquer sur vous une caméra, vous tendre un micro et diffuser vos certitudes au nom du sacro-saint diktat de la cote d’écoute.

Ceci dit, loin de moi l’idée de plaider ici pour une forme de censure. Si le vaccin a des effets secondaires, je suis de ceux qui font bien plus confiance aux médias qu’aux pharmaceutiques pour nous en avertir. Mais il va falloir trouver un juste équilibre entre informer comme il faut et apeurer pour rien en surmédiatisant des épiphénomènes sociaux.

Pourquoi ? Parce qu’il est fini le temps où on recommandait d’exposer les trolls à la clarté du jour pour les faire exploser. Avec l’avènement des médias sociaux, les trolls d’aujourd’hui s’adaptent très vite à la lumière. Contrairement aux coquerelles qui disparaissent quand une lampe s’allume, ces trolls savent efficacement mettre l’éclairage médiatique au service de leur propagande.

Si au début de l’immunisation, la couverture médiatique nous rapporte ad nauseam les cas d’expériences négatives, présumées ou douteuses provenant des groupes militants qui cherchent à s’exposer, l’adhésion à la campagne de vaccination risque d’en souffrir.

L’autre groupe d’intérêt qu’il faudra surveiller, ce sont les GAFAM. Pourquoi ? Parce que la pandémie et les confinements ont été très payants pour ces géants du web. La preuve, après les annonces de Pfizer, on a vu les actions des Zoom Video Communications, Netflix et Amazon de ce monde dévisser à la Bourse.

On n’a pas besoin d’un doctorat en sciences économiques pour imaginer que les Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont profité largement de la pandémie et poussent dans tous les sens pour que la communication entre les humains, y compris l’éducation, la médecine et les arts, se fasse de plus en plus par l’intermédiaire de leurs écrans. Aux sceptiques, je recommande de lire « Ne laissons pas les géants du web prendre le contrôle de nos vies ! ». Cet édifiant texte de Naomi Klein publié par le Courrier international du 25 juin 2020 raconte clairement les dessous de cette offensive de plus en plus décomplexée.

Entendons-nous bien, ici aussi, je ne veux pas insinuer que les GAFAM voudront qu’on reste confinés plus longtemps. Par contre, il est permis de souligner à l’encre rouge que l’acceptation du vaccin, surtout aux États-Unis, dépendra grandement ce qui se passe dans les médias sociaux qui sont sous leur responsabilité.

Le dernier acteur dont il faudra se méfier quand commencera la campagne d’immunisation est Joe Blo, qui est convaincu que le vaccin contient une puce pour contrôler son esprit, sa vie et sa liberté. Pour lui, il n’y a rien à faire.

Non, il y a quand même un moyen de rassurer un tel paranoïaque radicalisé par les réseaux sociaux. Il suffit de lui dire : « Tu sais l’ami, dans ce monde virtuel que tu affectionnes, la dichotomie “j’aime ou je n’aime pas” aiguise l’œil des algorithmes et des témoins qui passent le temps à t’orienter vers des gens qui pensent comme toi. C’est de cette façon que tu as rencontré le gourou Michael qui connaît tout sur les vaccins même s’il n’a jamais mis les pieds dans un cours d’immunologie. Alors, avec la géolocalisation et le nombre incommensurable d’empreintes que tu laisses sur la toile, on n’a pas vraiment besoin d’ajouter un dispositif électronique dans un vaccin pour te suivre à la trace et contrôler ta vie. Cette puce électronique qui te fait capoter, tu l’as achetée et tu la transportes tous les jours avec toi. Elle s’appelle ton téléphone. »