En réaction à la chronique d’Isabelle Hachey, « La politique autrement »*, publiée le 15 novembre

Jean-Pierre Charbonneau et Françoise David
Respectivement président et vice-présidente du Mouvement Démocratie nouvelle

Dans sa chronique du 15 novembre, la journaliste Isabelle Hachey a rappelé un principe fondamental de la démocratie passablement oublié dans bien des endroits du monde, y compris chez nous. La fonction première des élus politiques est de « Servir le bien commun. Ensemble. »

Forte de beaux exemples québécois et américains où des parlementaires de partis opposés travaillent main dans la main et en complimentant parfois leurs adversaires, pour le bien-être de leurs concitoyens, Mme Hachey conclut qu’il est donc possible, si la volonté y est, de faire de « la politique autrement ».

« On avait besoin de (voir) ça. On en veut encore », a-t-elle écrit dans La Presse.

En septembre 2019, le jour du dépôt du projet de loi 39 présentant à l’Assemblée nationale du Québec un nouveau mode de scrutin de type proportionnel, le premier ministre François Legault a déclaré sans faux-fuyant qu’il ne craignait pas de devoir faire de la politique autrement en dirigeant dans l’avenir un gouvernement minoritaire ou de coalition qui, par nature, impose un plus grand niveau de collaboration transpartisane.

« Non, je n’ai pas peur de cela », a dit le premier ministre aux journalistes. « D’ailleurs, c’est ce que la majorité des Québécoises et des Québécois veulent. On est rendus là. »

Aujourd’hui, en novembre 2020, le projet de loi 39 a cheminé malgré la pandémie. Il a franchi avec succès en octobre dernier un deuxième vote d’approbation parlementaire, et l’étude détaillée des propositions gouvernementales devrait débuter au début de 2021.

Le projet de loi pourrait être adopté dès le printemps 2021 si le gouvernement et les oppositions collaborent. Ainsi, le Québec adopterait une nouvelle culture politique.

En mai 2019 et en février 2020, des parlementaires d’Écosse et de la Nouvelle-Zélande, où l’on a adopté une réforme semblable à celle qui nous est proposée, sont venus témoigner devant nos parlementaires du changement positif de culture politique qui s’est manifesté chez eux depuis l’abandon du vieux scrutin britannique. Au point d’ailleurs où, en Nouvelle-Zélande, l’électorat, après avoir vécu 15 ans sous le nouveau système, a voté de nouveau en faveur du maintien de la réforme.

Ne plus craindre les gouvernements de coalition

Dans ces deux États, on n’a pas eu peur d’adopter un mode de scrutin qui peut régulièrement conduire à la mise en place de gouvernements minoritaires ou de coalition ! La stabilité gouvernementale n’est pas mesurée dans ces contrées à l’aune d’une obligatoire majorité parlementaire hégémonique, mais en misant sur une collaboration plus étroite des acteurs politiques d’allégeances différentes.

Certes, les affrontements partisans continuent d’exister, différences idéologiques obligent. Toutefois, ils ne sont plus la caractéristique première sinon unique de la vie politique.

À un point tel d’ailleurs que dernièrement, la première ministre de la Nouvelle-Zélande, sortie majoritairement victorieuse à la dernière élection générale, a choisi de continuer à gouverner en coalition plutôt que d’exercer seule et sans partage le pouvoir. Imaginons ce que cela pourrait vouloir dire chez nous comme politique faite autrement, non pas de façon individuelle et aléatoire, mais de façon permanente et structurelle.

Il y a quelques jours, les signataires de ce texte ont rencontré le premier ministre Legault et la ministre responsable de la Réforme électorale, Sonia LeBel. Nos échanges ont été cordiaux et francs. Nous avons abordé sans détour les irritants du projet gouvernemental qui, nous le reconnaissons, représente malgré tout une avancée importante. Le premier ministre continue d’exiger le maintien du consensus entre son parti et ceux qui sont favorables au principe d’un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire régional – Québec solidaire et le Parti québécois. Nous sommes d’accord. Nous avons plaidé cependant qu’il faudra des compromis de la part des trois formations politiques, donc incluant la CAQ, pour que personne ne cherche à tirer un avantage indu du nouveau système électoral.

Les prochains mois seront cruciaux en ce qui concerne la politique pouvant être faite autrement chez nous. Voilà un projet mobilisant et nous en avons bien besoin ces temps-ci !

* Lisez « La politique autrement »