La douceur de l’été indien, le soulagement de l’élection de Joe Biden et les résultats très encourageants du vaccin de Pfizer ont été un baume pour l’âme qui en avait bien besoin pour traverser l’hiver, qui s’annonce long tant pour le moral que pour l’économie.

Miville Tremblay Miville Tremblay
Senior Fellow, Institut CD Howe, et Fellow invité, CIRANO

Pas facile de calibrer les nouvelles qui vont dans tous les sens. L’arrivée prochaine d’un vaccin plus efficace qu’attendu donne espoir, mais il faut aussi se rappeler que la crise est grave et que les plaies seront longues à cicatriser.

Malgré une forte majorité nationale à la présidence, la vague démocrate fut bien trop courte au Congrès. À moins de l’improbable gain en janvier des deux sièges en ballottage en Géorgie, le sénat républicain exercera un quasi veto sur les ambitions de l’administration Biden.

En péril, l’injection d’un fort stimulus budgétaire qui pourrait être retardé et insuffisant et sur lequel compte la Réserve fédérale pour relancer l’économie américaine (et par conséquent la nôtre au moyen de nos exportations).

Le marché obligataire a vivement réagi à l’annonce de Pfizer, flairant la fin prochaine de la pandémie. Les taux d’intérêt à long terme aux États-Unis ont augmenté à près de 1 %, un niveau qui n’a pas été atteint depuis mars.

En Bourse, le S & P 500 frise un nouveau sommet, en hausse de 10 % depuis le début de l’année, tandis que l’indice mondial MSCI hors États-Unis vient d’effacer complètement sa dégringolade de mars.

Jeudi, les patrons de la Banque d’Angleterre, de la BCE et de la Fed ont refroidi les ardeurs en réitérant que le virus demeurera un risque élevé au cours des prochains mois et que les séquelles sur les travailleurs vulnérables vont perdurer.

À quand le vaccin ?

Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases, a déclaré à CNN que les premières doses seraient administrées au personnel de la santé d’ici la fin de l’année, puis dans l’ordre à divers groupes prioritaires. L’ensemble de la population américaine y aurait accès au printemps et il faudrait le reste de l’année pour compléter l’immunisation.

On peut donc penser à un scénario semblable pour le Canada, qui a acheté suffisamment de vaccins pour tout le monde. À condition, bien sûr, que la fabrication et la distribution procèdent sans anicroche, un gigantesque défi logistique considérant que le vaccin de Pfizer exige deux inoculations et d’être conservé à une température très basse.

Malheureusement, ce vaccin arrivera trop tard pour casser la seconde vague du coronavirus qui s’enfle rapidement aux États-Unis, en Europe et au Canada, imposant un reconfinement partiel de l’économie et de la vie sociale qui pourrait bien durer tout l’hiver et se relâcher graduellement au printemps.

Heureusement, toutefois, la vaccination de la population surviendrait beaucoup plus rapidement que dans l’hypothèse de la Banque du Canada, qui en octobre la voyait « d’ici le milieu de 2022 ». Dans ses prévisions pour l’économie mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyait le mois dernier que la distanciation resterait en vigueur l’an prochain, mais que la transmission serait basse partout à la fin de 2022.

On peut donc redouter que l’économie soit plus faible que prévu à court terme, voire même recaler légèrement avec l’escalade de la COVID-19, mais que les prévisions pourraient être révisées à la hausse dans le moyen terme avec l’arrivée plus rapide du vaccin.

Au troisième trimestre, à la faveur du déconfinement estival, la croissance du PIB canadien est apparue spectaculaire à 10,2 % (48 % à rythme annualisé), renversant les deux tiers du recul subi durant le Grand Confinement du printemps. Soulignons cependant qu’il est facile d’enregistrer de gros chiffres lorsqu’on part de creux.

Dans sa projection d’octobre, la Banque du Canada prévoyait une faible croissance de 0,2 % au trimestre courant avec, en bout de ligne, une moyenne annuelle en baisse de 5,5 % pour 2020. Par contre, elle tablait sur une croissance avoisinant les 4 % au cours des deux prochaines années pour retrouver le niveau d’activité pré-COVID-19 au début de 2022*.

Somme toute, le parcours de cette crise emprunte la forme du crochet avec une chute précipitée suivie d’un vif rebond en V dans la phase du déconfinement partiel de l’économie, mais devenant ensuite plus évasé dans une phase de lente récupération.

D’ici la réouverture complète de l’économie, qui passe par un retour de la confiance, le soutient de l’État restera nécessaire pour les secteurs encore paralysés comme le transport aérien, l’hôtellerie, la restauration et les arts de la scène.

Tout aussi important, pour pallier la faiblesse des investissements privés à prévoir ces prochaines années, les gouvernements devront profiter des bas taux d’intérêt pour financer des investissements publics favorisant la productivité, telle la numérisation des procédés et la requalification de la main-d’œuvre ainsi que la décarbonisation de l’économie.

Les annonces de la mise à jour du ministre des Finances du Québec, Eric Girard, vont dans cette direction. On attend maintenant celles de sa consœur Chrystia Freeland au cours des prochaines semaines.

*Dans sa mise à jour, le ministre des Finances du Québec prévoit une baisse du PIB provincial de 6 % en 2020 suivie d’une croissance de 5 % en 2021. Ses chiffres sont proches des prévisions de la Nationale et de Desjardins. La différence avec la prévision de la banque centrale pour l’ensemble du pays est à l’intérieur de la grande zone d’incertitude actuelle.