Alors que notre économie peine à sortir du marasme pandémique, que de nombreuses et vénérables institutions sont mises à mal malgré les efforts conjugués de tous nos gouvernements, nous sommes à risque de voir se rompre une partie de notre ADN commun.

Jean Simard
Jean Simard Président du conseil de la Fondation du Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec

Interprètes de l’humanité, artistes de la scène, musiciens, comédiens, texture, couleur, chaleur ; leurs sons et leur voix viennent nous chercher, car c’est notre son et notre voix que l’on entend raisonner au plus profond de nous. Passeurs intemporels, ils sont les yeux et la voix de notre âme collective, ils sont l’écho de tout ce qui nous a précédés, une sorte d’empreinte collective migrant à travers le temps.

Miroir de nos émotions, ils jouent sur nos cordes sensibles et nous comblent d’intenses moments de bonheur. En temps normal, ils s’offrent à nous, se donnant sans compter. Mais ce timbre de voix, cette sonorité dans cette pièce de théâtre, ce chœur, ce quatuor, risquent de disparaître à tout jamais, à notre insu, amputant du même coup notre lien avec notre passé. Car au-delà d’un soutien financier, nos artistes issus de nos grandes écoles, de nos conservatoires, n’existent que pour nous. Leur formation, leur entraînement quotidien continu ne prend tout son sens que lorsqu’ils s’offrent à nous en spectacle. Nous sommes leur destinée.

Maintenant pour la plupart isolés depuis des mois, à la recherche du temps perdu, ils sont confrontés à une nouvelle anxiété, celle de ne pas performer, de ne pas vivre ce transfert d’énergie dont ils ont tant besoin et dont nous avons aussi tant besoin.

Imaginez-vous que durant des mois, votre miroir est votre salle de spectacle. Partout sur la planète déjà des troupes, des orchestres symphoniques et de musique de chambre sont atomisés avec le départ précipité d’artistes qui n’ont plus les moyens d’attendre, qui partent à la retraite ou qui doivent se refaire une vie.

Aujourd’hui, c’est à nous de leur donner en retour, égoïstement, afin de maintenir l’empreinte de ce que nous sommes… pour ceux qui suivront.

Répondons à l’appel de nos artistes qui nous proposent des prestations à distance ou en présence, achetons la musique en coffret plutôt qu’en téléchargement, offrons-nous des moments de bonheur réinventés et surtout ne laissons pas s’éteindre notre talent.

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