Les élèves s’adressent au premier ministre, François Legault, et à la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann

Anaïs Drapeau Letort, Florence Hétu et Laurie-Anne Leblanc Élèves au Collège de Maisonneuve

Monsieur Legault, Madame McCann, nous sommes trois élèves en troisième session dans le programme Sciences, lettres et arts au Collège de Maisonneuve.

Depuis le 13 mars dernier, nous sommes prises devant nos ordinateurs. Notre session d’hiver en ligne a été difficile, mais surmontable grâce à l’espoir de retrouver un semblant de normalité à l’automne. L’été aurait dû permettre la mise en place de mesures pour fréquenter l’école à nouveau de manière sécuritaire, en mode hybride, tel qu’assuré par la direction.

Pourtant, à l’heure actuelle, le souvenir de l’école nous semble lointain. Nous voyons, contrairement aux mois printaniers, nos frères et nos sœurs plus jeunes quitter la maison pour retrouver les bancs d’école, en plus de nos parents qui vont travailler. Nous-mêmes pouvons travailler et aller magasiner, mais nous ne pouvons pas assister à nos cours de la manière la plus efficace possible.

L’accumulation de ces déceptions nous a poussés à nous demander si vraiment toutes les avenues possibles avaient sérieusement été considérées pour l’adaptation des études supérieures à la pandémie.

Nous ne minimisons pas les risques associés à la COVID-19 et nous ne contestons pas les mesures prises pour la combattre. De plus, il ne s’agit pas de nier les besoins des personnes qui sont plus à risque dans cette situation. Nous voulons en toute modestie attirer l’attention sur notre situation dans l’espoir de créer un réel dialogue et une meilleure coopération.

Comme tous, les jeunes adultes ont besoin de contacts humains, contacts qui sont particulièrement cruciaux à cet âge, car pour plusieurs d’entre nous, il s’agit d’une période de questionnements, d’évolution et de choix importants. Il ne faut donc pas s’étonner que plusieurs experts soient inquiets à propos de notre santé mentale ; nous le sommes aussi.

Nous croyons qu’il est essentiel d’agir avant la session d’hiver, car plus on tardera à changer les choses, plus il y aura de dommages collatéraux sur la santé des jeunes adultes. Plusieurs études démontrent que le confinement a des effets négatifs sur l’état mental des personnes qui le subissent. Selon un article du site du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE) mené par l’UQAM, chez les personnes ayant subi un confinement, nous pouvons trouver « une prévalence élevée de symptômes de dépression, d’anxiété, de troubles de l’humeur, de troubles de stress post-traumatique, d’insomnie et plus encore ». Ainsi, cette mesure devrait logiquement être appliquée pour tous et seulement lorsque nécessaire.

L’isolement joue aussi sur notre motivation à étudier, à nous dépasser. L’éducation réelle se doit d’être en interaction avec les autres, élèves et enseignants ; elle se solidifie et devient stimulante quand tout le monde y participe. Quand cela disparaît, il ne reste plus qu’un élève seul en face d’un ordinateur, à vivre son expérience collégiale à la manière YouTube. Il faut l’impossible pour demeurer concentrés et motivés, et ce, même pour ceux qui sont autonomes et disciplinés. Une société a tout à gagner d’une population instruite et en bonne santé ; toutes les personnes qui tombent entre les mailles du système sont une triste perte.

Les statistiques démontrent qu’en effet, un élève au postsecondaire sur trois pensait au décrochage scolaire à la session d’automne. Nous n’osons pas imaginer les statistiques à l’hiver lorsque les élèves auront vécu une session de plus en ligne, auront moins de ressources financières et s’attendront à revivre les mêmes mois monotones et déprimants qu’ils viennent de passer.

Tout cela pour dire que nous nous sentons oubliés et négligés. Nous sommes témoins de vos inquiétudes par rapport aux adolescents et leur santé mentale qui doit être préservée à tout prix, alors que nous, sous le prétexte que nous sommes majeurs, n’avons pas droit au minimum de considération.

Récemment, nous avons eu un échange avec notre cohorte lors d’un cours qui nous a permis de discuter de la situation actuelle. L’opinion fut unanime : nous souffrons en silence.

L’idée générale de notre rencontre se résume par les pensées d’un ami de notre cohorte, Elliott Menu : on passe à travers un moment difficile, alors on a pris une grande respiration en mars et on a plongé sous l’eau. On est rendus au fond de l’océan et nos poumons vont se déchirer. On n’aura pas le temps de remonter à la surface si personne ne vient nous chercher ou nous envoie une bouteille d’oxygène.

Nous pensons qu’il serait possible d’obliger le port du masque, de se rendre au cégep sur une base volontaire, de diviser les sections des écoles, d’y aller une semaine sur deux, et plus encore. Bref, les solutions ne manquent pas ; ce qui manque, c’est quelqu’un qui les réalise et les rend obligatoires, la volonté d’agir. La situation est choquante, mais ce qui le serait plus, c’est qu’elle ne change pas.

Au plaisir de vous entendre.

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