Le Québec et le Canada vivent actuellement une crise majeure, de celles qui marquent l’histoire d’une nation. Une crise sanitaire qui se double d’une crise économique dont on mesure chaque jour les effets délétères.

Geneviève Mottard Geneviève Mottard
Présidente et chef de la direction de l’Ordre des comptables professionnels agréés du Québec

Face à cette situation exceptionnelle, il fallait agir vite et de manière décisive en offrant une réponse à la hauteur du défi et des besoins. Il fallait donner à notre système de santé les moyens d’affronter cette crise. Il fallait mettre en place des mesures fortes et inédites qui permettent à la fois aux citoyens ayant perdu leurs revenus de travail de subvenir à leurs besoins de base et aux entreprises de préserver le lien d’emploi avec leurs employés, d’assumer leurs coûts fixes et de disposer des liquidités nécessaires pour traverser la crise et se relancer le moment venu. C’était une obligation morale et une nécessité économique. Et c’est ce que les gouvernements ont fait.

Aussi, bien que la croissance de l’économie du Québec était forte et que sa situation budgétaire était plus qu’enviable avant la pandémie, le gouvernement du Québec a dû avoir recours aux emprunts.

De telle sorte qu’en septembre dernier, le ministre des Finances, Eric Girard, prévoyait un déficit de 14,9 milliards de dollars pour l’année en cours, soit 3,5 % du PIB.

Nous sommes maintenant dans la deuxième vague, ce qui implique l’injection massive de nouveaux fonds pour maintenir à flot notre réseau de la santé et garder nos écoles ouvertes. Du côté de l’économie, alors que certains secteurs ont pu relever la tête, d’autres sont de nouveau paralysés et ont grandement besoin d’aide. On n’a qu’à penser à l’industrie aérienne et aux secteurs de la culture, de l’hébergement et de la restauration. Sans parler du centre-ville de Montréal, menacé d’effondrement commercial. De plus, de nouveaux besoins apparaissent chaque jour, comme c’est le cas en santé mentale.

Bien sûr, le gouvernement a prévu une provision de 4 milliards de dollars pour pallier les risques économiques et sanitaires reliés à cette deuxième vague. Mais cela sera-t-il suffisant ? Y aura-t-il une troisième vague cet hiver ? Y aura-t-il un vaccin bientôt ? Nous ne le savons pas. En fait, nous sommes encore au beau milieu de cette crise.

Horizon 2025-2026

Au cours des derniers mois, le gouvernement du Québec a exprimé sa volonté de revenir à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2025-2026. Bien qu’il soit essentiel de mettre en place un nouveau cadre financier crédible pour revenir à l’équilibre budgétaire dans un délai raisonnable, trop de variables demeurent inconnues pour tracer maintenant le chemin vers cet objectif.

En effet, l’adhésion collective essentielle au succès d’une telle entreprise commande un débat public large et éclairé interpellant à la fois des experts, les parlementaires et la population.

L’état des finances publiques au sortir de la crise, les orientations budgétaires qui seront proposées par le gouvernement et leur calendrier de mise en œuvre devront être analysés et discutés. Il en va de même en ce qui a trait à l’actualisation des cibles de réduction de la dette et du rôle du Fonds des générations, actuellement déterminés par une loi. Là encore, des questions importantes se posent : comment calcule-t-on les déficits et les surplus au sens de la loi ? Quel ratio dette-PIB est-il souhaitable d’atteindre pour l’avenir ? Doit-on toujours investir autant dans le Fonds des générations ?

On le voit, il ne s’agit pas d’une science exacte. Des perspectives différentes devront être considérées. Des consensus devront être atteints.

Soyons clairs, une saine gouvernance de nos finances publiques et une gestion responsable de la dette sont indispensables pour que le Québec puisse relever les nombreux défis auxquels il devra faire face au lendemain de cette pandémie. C’est également une question d’équité intergénérationnelle, qu’il ne faut jamais perdre de vue.

Ces questions importantes pour notre avenir collectif doivent être débattues en toute transparence, bien sûr, mais aussi dans un climat de disponibilité et d’écoute propice aux débats de société.

Le contexte d’urgence, d’incertitude et d’inquiétude dans lequel nous sommes toujours plongés ne se prête pas à des échanges fructueux sur ces questions. Pas maintenant. Sortons de la crise d’abord.