Étant non seulement professeure au collégial, mais aussi maman de trois jeunes adultes en devenir, il m’a toujours paru important de pouvoir me mettre à leur place pour mieux comprendre cette génération particulière, branchée 24/7 sur les réseaux sociaux.

Catherine Kozminski-Martin Catherine Kozminski-Martin
Professeure au collégial et autrice

Pour ce faire, j’ai décidé de me lancer, bien avant le début de la pandémie de la COVID-19, dans la grande aventure des Snapstreaks, soit l’envoi d’images à une banque d’amis, deux fois par jour, sur Snapchat, sans exception (sinon vous devez recommencer à zéro, comme dans le jeu Serpents et échelles), le tout permettant d’obtenir des « feux ». Plus vous avez de ces « feux », meilleure est votre amitié. Aussi étrange que celui puisse paraître, je me suis surprise à y prendre goût et à bien aimer faire mes streaks avec eux. Connectée aux meilleurs amis de mes deux plus jeunes et à mes ados, qui ont tous accepté de m’intégrer dans leur cercle bien à eux, j’ai découvert un univers qui en dit long sur ce que vit présentement de l’intérieur cette génération en pleine pandémie mondiale.

Au début, je voyais passer des images joyeuses, pleines d’émojis, de GIFs (Graphics Interchange Format) ou, si vous préférez, d’images animées, drôles et légères. Puis, est arrivé le 13 mars 2020, jour du confinement généralisé pour l’ensemble du Québec. Exit la candeur et l’innocence de Snapchat ! Ce sont plutôt des photos des conférences de presse quotidiennes, de pénurie de papier de toilette et de réserves de nourriture qui ont commencé à déferler, le tout en conservant une certaine forme d’humour, adolescence oblige. Alors que le jour de la marmotte ne nous quittait plus, j’ai vu la solitude s’installer derrière les écrans, non seulement chez moi, mais chez mes élèves.

Que se passait-il derrière ces caméras et ces micros fermés sur Google Meet, Zoom ou sur Teams ? Tous ces petits carrés noirs qui s’alignent, chaque matin, vides… Silence radio ! Dire que je parle aux murs tous les jours, depuis des mois, est un euphémisme.

Même si on leur reproche souvent d’être trop « connectés », je remarque plutôt que les moins de 20 ans sont « déconnectés » psychologiquement, éteints, angoissés, tristes de vivre à des années-lumière de leur vie d’avant. Depuis cette date fatidique du mois de mars, les mêmes images reviennent, ces images qui valent mille mots, soit celles des masques, de la distance physique, de l’école à la maison, d’ordinateurs, de murs de chambres avec des photos de fêtes, de rien du tout aussi, juste du noir. Parfois, je vois pointer à l’horizon une petite lueur d’espoir et de joie de vivre, notamment grâce à l’affection et aux câlins de nos amis les animaux qui, eux, n’ont pas changé et restent les mêmes compagnons réconfortants.

Enfin, n’oublions pas que les jeunes ont plus que jamais besoin de notre bienveillance et de notre soutien. Êtres sociables avant tout, on leur impose, malgré nous, j’en conviens, d’être aux antipodes de leur nature humaine. Avec le recul, je me rends bien compte que les Instagram, Snapchat et Tik Tok de ce monde, lorsqu’ils sont bien utilisés et encadrés, dis-je, permettent aussi à nos plus vieux de continuer à propager une infime dose d’humanité, d’empathie, d’éclats de rire, sans oublier leur criant besoin de ne pas se sentir seuls dans cette pénombre qui a tant besoin de leur lumière. Maintenant, à quand votre prochaine streak ? !