Lorsque la pandémie de COVID-19 a forcé le Québec à se confiner en mars dernier, la population a pris conscience de l’importance des chaînes d’approvisionnement pour les produits de nécessité.

Dimitris Polygenis Dimitris Polygenis
Président, solutions pharmaceutiques et soins de santé spécialisés, McKesson Canada

Alors que certains produits de base venaient à manquer, la COVID-19 a également posé des défis sans précédent pour la gestion et le maintien des inventaires de médicaments.

Au cours des dernières années, les médecins, les pharmaciens et les distributeurs pharmaceutiques ont géré des pénuries de médicaments causées, en partie, par une chaîne mondiale d’approvisionnement de plus en plus complexe. Bien des Québécois seront surpris d’apprendre que nous vivions environ 65 ruptures d’approvisionnement par semaine, et ce, avant l’arrivée de la pandémie.

Plusieurs des mesures mises en place pour prévenir les pénuries de médicaments se sont affaiblies au fil du temps en raison des pressions pour réduire le prix des médicaments génériques et de la concentration de la production des matières premières pour leur fabrication dans quelques usines dans le monde.

Avec l’arrivée du coronavirus, les élus et les autorités de santé publique ont encouragé la population à faire des réserves de médicaments ce qui, malgré de bonnes intentions, a entraîné des renouvellements de prescriptions précipités et pour une plus longue durée au Canada.

Les chaînes d’approvisionnement pharmaceutique ont dû composer avec une hausse soudaine de la demande. Notre chaîne d’approvisionnement a donc fait face à plusieurs types de pressions au même moment.

Afin de répondre à cette situation inédite, les distributeurs ont travaillé de concert avec les fabricants pour maintenir un accès juste et équitable aux médicaments plutôt que de servir la demande sur la base du « premier arrivé, premier servi ». Ces décisions, bien que difficiles, ont permis aux patients de recevoir leurs médicaments sans interruption du service offert.

À la fin juin, l’écart entre les commandes et les livraisons s’étant amenuisé, les pharmaciens ont été en mesure de remplir plus de prescriptions en conformité avec leur jugement professionnel et selon les besoins de leurs patients.

Pendant que le Québec se remettait de la première vague, les distributeurs pharmaceutiques comme McKesson Canada planifiaient déjà la deuxième vague afin de répondre à une nouvelle hausse de la demande à l’automne.

Avec ces investissements en technologie et une coordination accrue avec les fabricants et les gouvernements, notre chaîne d’approvisionnement pharmaceutique est plus robuste aujourd’hui face aux défis qui se profilent. Par contre, il reste beaucoup de travail à accomplir notamment en raison des menaces d’importation de médicaments par les États-Unis.

Les gouvernements se penchent présentement sur les moyens pour relancer notre économie. Dans ce contexte, des investissements dans la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique devraient aller de soi.

Alors que nous cherchons à rebâtir sur des bases plus solides, trois éléments devraient être priorisés d’emblée.

Premièrement, le gouvernement fédéral devrait encourager l’arrivée de nouveaux fabricants pharmaceutiques dans le marché canadien, desservi par un nombre limité de producteurs. Un tiers des médicaments génériques au Canada sont fabriqués par une ou deux entreprises, ce qui augmente les risques de pénuries.

Deuxièmement, Ottawa et les provinces doivent financer adéquatement la distribution pharmaceutique. Maintenir cette chaîne d’approvisionnement stratégique comporte des défis qui se sont accrus au cours des dernières années alors que son financement s’est érodé. Notre capacité à servir les communautés rurales et nordiques est en péril.

Finalement, nous devons tirer profit du potentiel énorme des distributeurs pharmaceutiques pour répondre aux besoins critiques en matière de distribution. Six provinces canadiennes travaillent déjà de concert avec les distributeurs pharmaceutiques pour améliorer l’accès aux vaccins contre l’influenza et réduire les pertes. Alors que nous attendons tous l’arrivée d’un vaccin contre la COVID-19, la pertinence de recourir à nos distributeurs pharmaceutiques et à nos pharmacies de quartier pour soutenir les efforts de vaccination n’est plus à démontrer.

La COVID-19 nous a tous frappés de plein fouet, y compris notre chaîne d’approvisionnement pharmaceutique. Des efforts ciblés et intelligents pour la soutenir nous permettront de faire face aux défis qui nous guettent.