En réponse au texte des professeurs Yvan Allaire et Mihaela Firsiotu, « L’étrange deuxième vague de COVID-19 », publié le 1er octobre

ERIC LABRIE
Montréal

Après la lecture du texte « L’étrange deuxième vague de COVID-19 » signé par deux professeurs de l’UQAM, je ne peux me contraindre au silence. Peu probable que j’arrive à les convaincre, mais j’espère apporter une lumière différente à tout autre lecteur curieux et critique.

Ils prétendent s’adresser aux sceptiques et aux individus qui ont l’esprit scientifique. Il est malheureux que leur principal argument soit d’expliquer la hausse de cas par une augmentation du nombre de tests. Cela repose sur une erreur de logique. Il n’y a pas plus de cas. On les trouve plus, car on teste plus. Et c’est parfait ainsi.

Dans leur texte, ils comparent le taux de positivité du printemps à celui qu’on observe actuellement. Leur argument de poids : la proportion de cas positifs est beaucoup plus basse en septembre et les cas trouvés sont plus jeunes, donc moins à risque. Demi-vérité dangereuse hors de son contexte. D’abord, au printemps, puisqu’on avait peu de tests disponibles, on en restreignait l’usage aux personnes avec des symptômes. Aujourd’hui, on teste des groupes d’élèves entiers parce qu’ils ont été en contact avec un cas positif. Devrions-nous nous surprendre de trouver plus de cas, plus jeunes ?

Comparons des pommes avec des pommes. Depuis la fin août, on observe un nombre de tests sensiblement identique et une population cible identique.

Le 21 août, le Québec décelait 61 nouveaux cas. Le 3 octobre, 1107. C’est une augmentation de plus de 1750 %. Ça me semble suffisant pour affirmer qu’il y a une deuxième vague.

Les auteurs démontrent qu’on exagère le risque, car la dernière personne de moins de 40 ans morte de la COVID-19 date de plusieurs semaines. Qu’on devrait plutôt isoler les personnes à risque. Malheureusement, la sensibilisation s’est avérée plus qu’inefficace. On ne peut clairement pas compter sur le sens civique à lui seul pour sauver nos aînés. Nous ne sommes pas encore au niveau du printemps, mais on risque d’y arriver. Lorsque le nombre relatif (nombre corrigé en fonction du nombre de tests réalisés et des critères pour accéder aux tests) aura réellement atteint l’équivalent du pic d’avril, il y aura tant de jeunes infectés qu’il sera pratiquement impossible de l’empêcher d’entrer de nouveau dans nos CHSLD. Mais au moins, on connaîtra mieux nos porteurs asymptomatiques, et espérons qu’il restera suffisamment de jeune personnel en santé pour continuer de faire fonctionner nos centres de soins…

C’est pour ça qu’il faut limiter le nombre de jeunes malades. Bien sûr, ces derniers ne mourront pas (ou très peu), mais ils travaillent dans nos épiceries, nos pharmacies, nos hôpitaux, nos CHSLD, nos RPA. Si on n’agit pas, on reproduira le scénario du printemps. Les auteurs mentionnent que le gouvernement devra s’expliquer sur l’hécatombe printanière, mais leurs suggestions nous amèneront au même résultat.

Selon nos professeurs universitaires, il incombe aux responsables politiques de justifier l’intensification de mesures délétères pour la santé mentale, pour l’économie.

Je dirais plutôt qu’il incombe à nos politiciens de continuer d’agir afin de limiter cette vague qui n’en est qu’à son début si rien n’est fait.

En conclusion, pour reprendre la formule d’introduction de nos professeurs : on appelle « conspirationniste » quelqu’un qui fait trop de rapprochements entre des faits épars et non reliés. Mais, alors, comment devrait-on appeler celui qui se sert de son titre de professeur universitaire pour faire parler les chiffres dans le sens qui lui plaît en ignorant grossièrement ce qui ne lui convient pas alors que son bagage académique nous laisse croire qu’il devrait le comprendre aisément ? Je ne nommerai pas le terme qui me vient à l’esprit.

> Lisez « L’étrange deuxième vague de COVID-19 »