Joyce Echaquan, 37 ans, de la nation atikamekw, est morte sous une rafale d’injures racistes à l’hôpital de Joliette, au Québec. Les mots ignobles qu’elle a su enregistrer dans ses derniers moments, en criant à l’aide, l’ont visiblement plongée dans un état de profonde détresse.

Michaëlle Jean Michaëlle Jean
Ex-gouverneure générale du Canada (2005-2010) et ex-secrétaire générale de la Francophonie (2014-2018)

Elle a fait en sorte qu’ils soient entendus et nous l’avons vue la mort dans l’âme. Comme George Floyd, Joyce ne pouvait plus respirer. Tous ceux et celles qui sont appelés à subir ou ont eu à vivre, à un moment ou à un autre, de tels affronts et ce dénigrement en ont le souffle coupé. Nous étouffons tant l’air est vicié par la haine de l’autre.

Celles qui vociféraient ces mots abjects l’ont fait en parfaite assurance, persuadées d’être dans le bon droit, dans le bon ton, dans les murs mêmes d’une institution publique. Le rapport Viens, un rapport parmi tant d’autres, signalait déjà ce racisme systémique, larvé, qui empoisonne nos sociétés, davantage encore, lorsqu’on le nie et le banalise jusqu’au plus haut niveau.

Les licenciements d’une infirmière et d’une préposée prises en flagrant délit par l’enregistrement de la victime ne suffisent pas à résoudre le problème, car il ne tient pas qu’à un fait divers ni à quelques individus.

Le racisme contre des peuples opprimés mérite d’être considéré dans son ensemble et sa genèse. Nous ne sommes pas sortis des siècles de déni d’humanité dans lesquels la colonisation nous a entraînés.

Nous ne pourrons pas expliquer ni éradiquer le racisme autrement qu’avec le courage d’interroger ce qui l’a produit et qui le perpétue. Le devoir de mémoire, de vérité, de conscience et de justice s’impose.

Le racisme humilie, heurte et tue ; sous toutes ses formes, il est un crime, une arme de haine et d’indifférence, de la violence physique et psychologique à la non-assistance à une personne en danger. Il faut entendre et recevoir celles et ceux qui réclament que l’on traite le système derrière cette violence et pas seulement ses symptômes. Ses effets collatéraux sont dévastateurs. Joyce Echaquan en est morte. Elle n’est pas la seule. Cela ne peut plus durer.