La pandémie nous fait oublier la principale menace à la santé

Marie-Christine Milot et Hugo Lefrançois
Respectivement étudiante en médecine à l’Université Sherbrooke, et travailleur social, et quatre autres signataires *

M. Legault, la première vague arrive. Non, il n’est pas question ici de la tragédie sanitaire que nous vivons actuellement. Il s’agit plutôt d’une vague de problèmes de santé associés aux changements climatiques qui sont, en marge de la pandémie, la plus grande menace à la santé du XXIe siècle selon l’Organisation mondiale de la santé.

De l’infarctus aux maladies respiratoires, en passant par les troubles de développement et de santé mentale, ces problèmes croissants menacent, tout comme la COVID-19, de bouleverser et de submerger notre système de santé public : voilà une autre courbe à aplatir dès maintenant.

La crise sanitaire actuelle nous appelle à protéger la santé avant tout. Or, quand vient le temps de scruter un projet dont les impacts environnementaux peuvent poser des risques sanitaires importants, aucun expert en santé publique ou en gestion du réseau de la santé n’est dépêché aux séances du Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) pour le projet Énergie Saguenay par GNL Québec. Personne ne peut répondre aux questions de la Dre Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), ni d’un membre du conseil exécutif de La Planète s’invite en santé, qui demandaient comment les risques pour la santé ont été évalués, de l’extraction à l’utilisation du gaz naturel, et comment GNL-Québec en serait tenu responsable.

En omettant d’inclure des experts en santé neutres aux consultations dédiées notamment à la santé, le BAPE et le gouvernement du Québec manquent à leur mission d’information de la population et d’enquête rigoureuse sur le projet.

M. Legault précipite lui-même les conclusions en déclarant prématurément que « tout le monde » s’entend sur les bénéfices économiques du projet. Des questions éthiques importantes demeurent pourtant sans réponse et font douter du bien-fondé de ces présumés bénéfices. Déjà, en mars, 250 professionnels de la santé se sont prononcés contre le projet vu l’accroissement des cas de leucémie, de maladies cardiaques, respiratoires et endocriniennes associé à la fracturation hydraulique, technique d’extraction du gaz naturel qui nourrirait l’usine d’Énergie Saguenay, en plus du risque d’explosivité du gaz naturel en cas de fuite, et de sa contribution à la crise climatique.

Évaluer les risques sanitaires

Alors que le coût en vies humaines des changements climatiques est clairement démontré, comment peut-on justifier un projet qui, sur l’ensemble de son cycle, annulerait en une année tous les efforts de réduction de GES du Québec depuis 1990 et empêcherait la transition complète et nécessaire vers les énergies renouvelables ? Le promoteur compte-t-il racheter la santé des victimes sanitaires du projet comme il promet de racheter les dommages environnementaux ? Pendant que les travailleurs de la santé se démènent à sauver des vies en pleine pandémie et que notre système de santé public est criant de besoins, investirons-nous notre argent, notre territoire, notre électricité, notre faune et notre flore fragiles dans un projet qui mettra à risque la santé humaine pour des générations à venir ?

En tant que travailleurs de la santé, nous sommes inquiets des risques sanitaires durant chaque étape du cycle de vie du projet Énergie Saguenay.

Tout comme on évalue les risques d’une intervention chirurgicale dans leur ensemble, soit de l’anesthésie au rétablissement du patient, il est nécessaire d’évaluer les risques sanitaires de l’ensemble du projet de GNL-Québec, de l’extraction du gaz naturel par fracturation hydraulique, de son transport via gazoduc jusqu’aux GES émis par son utilisation outremer. L’usine de liquéfaction Énergie Saguenay n’existerait pas sans le reste du processus.

Nous réclamons que les experts en santé environnementale soient inclus aux consultations en matière d’environnement. Ce n’est pas faire preuve de responsabilité que d’ignorer l’importance des preuves scientifiques concernant les impacts des changements climatiques et de la pollution sur la santé. Aucun argument économique ou d’acceptabilité sociale ne devrait justifier un projet éthiquement irresponsable envers la santé de la population et celle des travailleurs qui en prennent soin.

*Cosignataires : Olena Zotova, étudiante en médecine à l’Université McGill ; Jérôme Leclerc, infirmier clinicien ; Émilie Desforges, orthophoniste ; Sarah Bergeron, médecin de famille. Les signataires sont membres du regroupement interprofessionnel La Planète s’invite en santé (LPSS).