En 1915, la planète entière était en plein milieu de la Première Guerre mondiale et des millions de personnes ont été tuées sur différents fronts. L’Empire ottoman en fin de vie a tiré avantage de ce chaos pour commettre le premier génocide de l’histoire moderne. Plus de 1,5 million d’Arméniens, dont des membres de ma propre famille, ont été exterminés de manière barbare et inhumaine. Cela représentait plus de 50 % de tous les Arméniens dans le monde. Ce serait l’équivalent d’éliminer plus de 4 millions de Québécois aujourd’hui.

Alexandre Meterissian Alexandre Meterissian
Membre de la communauté arménienne

Cent ans plus tard, le monde est plongé encore dans le chaos causé par la pandémie. Une belle opportunité pour le dictateur turc, Recep Tayyip Erdogan, d’achever le rêve de ses ancêtres en exterminant ce qu’il reste des Arméniens dans la région. Il ne se cache même pas depuis des années de vouloir ramener la gloire de l’Empire ottoman et de raviver l’idéologie raciste du panturquisme qui cherche à unir tous les peuples turcs sous un même toit.

Le 27 septembre 2020, le pays turcophone juste à l’est de l’Arménie, l’Azerbaïdjan, aussi dirigé par un dictateur, a décidé d’attaquer, avec l’aide de la Turquie, la région arménienne s’appelant Artsakh. Depuis la chute de l’Union soviétique il y a 30 ans, cette région arménienne de 150 000 habitants se bat sans cesse pour son indépendance et a gagné une guerre sanglante contre l’Azerbaïdjan dans les années 90. Depuis cette guerre, qui a causé presque 30 000 morts, il y a eu de nombreuses escarmouches, mais rien d’aussi violent que l’invasion azérie que nous observons aujourd’hui.

L’Arménie et Artsakh font face à un défi existentiel. L’Azerbaïdjan est un pays avec une population trois fois plus nombreuse que celle de l’Arménie et des réserves pétrolières et gazières gigantesques. Cette richesse a permis au dictateur azéri, Ilham Aliyev, de s’enrichir personnellement et de financer une armée imposante. De plus, Aliyev est appuyé par Erdogan qui peut compter sur une population 27 fois plus nombreuse que celle de l’Arménie et une économie 60 fois plus importante.

Si la Turquie décidait de déployer toute sa force militaire, même avec une armée bien préparée, l’Arménie n’aurait aucune chance. Ça serait le deuxième génocide contre le peuple arménien en moins de deux siècles.

Plusieurs Canadiens se demandent en quoi ce conflit les affecte. L’Arménie est membre de l’Organisation du traité de sécurité collective, le penchant russe de l’OTAN. En cas d’une atteinte à l’intégrité territoriale d’un État membre, la Russie serait appelée à lui venir en aide afin de le protéger. La Russie a aussi des milliers de soldats déjà postés en Arménie. Si la Turquie et la Russie entraient en conflit armé, la Turquie pourrait demander l’aide de ses alliés au sein de l’OTAN, dont le Canada est membre. En d’autres termes, ce conflit a le potentiel d’avoir des impacts géopolitiques qui dépassent nettement ses frontières.

Depuis plus de 100 ans, tous les 24 avril, nos élus au Canada se souviennent du génocide arménien. Ils nous rappellent qu’il ne faut jamais répéter les erreurs du passé et qu’il faut intervenir. Maintenant est le moment d'agir afin d’éviter un deuxième génocide. Il est temps que Justin Trudeau prenne une position forte, tout comme Emmanuel Macron, le président de la France. M. Macron a dénoncé les gestes guerriers de la Turquie tout en rassurant les Arméniens. Je le cite : « Je dis à l’Arménie et aux Arméniens, la France sera dans son rôle. »

L’histoire a jugé sévèrement les leaders du passé qui ont permis au génocide d’avoir lieu. M. Trudeau, démontrez-nous tous que vous êtes un leader qui défendra la démocratie et les droits de la personne. L’Arménie compte sur vous.