Cette lettre s’adresse à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et aux membres du comité exécutif de la Ville de Montréal

Josée Côté Josée Côté
Lachinoise, présidente et porte-parole de l'Association des plaisanciers du port de plaisance de Lachine

En juillet dernier, la Ville de Montréal a, sans préavis ni consultation, annoncé aux 450 familles de plaisanciers la fin des activités du port de plaisance de Lachine, dès l’automne 2020, pour le transformer en parc riverain en 2025.

Depuis ce temps, les esprits s’échauffent et les citoyens de Lachine sont plus que jamais divisés. Comment les Lachinois, reconnus pour leur quiétude et leur appartenance à leur territoire, en sont-ils arrivés à ce point désolidarisés ?

Reconnaissant le besoin d’intégrer la vision environnementale de la Ville de Montréal à la marina et guidée par les valeurs de démocratie, de respect et d’acceptabilité sociale, l’Association des plaisanciers du port de plaisance de Lachine (APPPL) a soumis un projet innovant de cohabitation parc-marina. Ce projet inclusif constitue un point de départ de dialogue avec la Ville, élaboré par LEMAYMICHAUD Architecture Design. Toutefois, cette main tendue a, illico, reçu une fin de non-recevoir.

De plus, à notre grande déception, plusieurs informations inexactes sont diffusées et sèment la dissidence auprès des citoyens.

– Non, la marina n’a jamais fait faillite, recherches dans les archives juridiques à l’appui ;

– Non, la Ville n’éponge pas de déficit de la marina, mais affiche un surplus d’environ 100 000 $ par année, selon les chiffres divulgués par la Ville ;

– Non, l’érosion des berges du lac Saint-Louis n’est pas essentiellement causée par les bateaux de plaisance, mais plutôt par des processus naturels ;

– Non, la mise à niveau de la marina ne requiert pas 16,5 millions en travaux, mais plutôt 5,3 millions, selon notre étude, dont 3,1 millions devront de toute manière être consacrés à la restauration des berges pour le projet de parc riverain s’il se réalise. Malgré la demande d’accès à l’information, l’APPPL attend toujours l’étude de la Ville concluant aux travaux de 16,5 millions ;

– Non, les bateaux moteurs ne jouissent pas d’un accès exclusif au lac ; depuis des décennies, il existe une cohabitation harmonieuse notamment avec le club de voile, le club de canoë-kayak de Lachine, le club d’aviron, les planches, etc. ;

– Non, la baignade dans l’aire de la marina proposée dans le projet de parc riverain n’est pas recommandable (profondeur, sédiments et canaux navigables) ;

– Non, il n’y a pas de place pour relocaliser les bateaux dans le Grand Montréal.

Bien que la Ville affirme vouloir démocratiser les berges du lac Saint-Louis à Lachine en créant ce parc riverain, il faut préciser que depuis 40 ans déjà, 90 % du bord de l’eau, soit 7 km, est accessible aux citoyens de Lachine, du Grand Montréal et plus encore. Ce sont plus de 200 000 personnes qui sillonnent les berges à pied, à vélo ou à patins à roues alignées.

L’APPPL estime les retombées économiques du port de plaisance à 10 millions annuellement. Sans étude, la Ville prétend que les retombées du parc riverain, au coût de 25 millions, seront supérieures.

De plus, ce projet n’a ni obtenu l’approbation de Transports Canada pour l’abandon du port de plaisance en vertu de l’article 5 (1) de la Loi sur les eaux navigables canadiennes ni du ministère de l’Environnement du Québec pour dénaturer les lieux, dont le bail et le certificat d’opération sont consentis uniquement pour fins de marina. De surcroît, une conseillère de l’arrondissement (de Projet Montréal) a voté contre la résiliation du contrat de gestion de la marina en raison de non-transparence et d’un manque d’information de la Ville pour prendre une décision éclairée.

L’histoire de Lachine s’est construite autour des infrastructures navales qui façonnent le paysage depuis 1825. Le port de plaisance de Lachine, bientôt centenaire, est le plus important au Québec ; il fait partie du patrimoine à préserver. Le port de plaisance demeure une porte d’entrée unique et accessible vers le lac Saint-Louis et le réseau d’écluses et de canaux reliant Montréal aux Grands Lacs, à l’est du Québec, et aux États-Unis.

Malgré de nombreuses démarches et une pétition de 14 000 signataires pour sauver le port de plaisance de Lachine, l’ouverture de la Ville de Montréal se fait toujours attendre. L’APPPL réitère sa ferme volonté de travailler avec la Ville dans l’objectif de trouver une voie de passage aboutissant à une solution inclusive de parc-marina au bénéfice de l’ensemble des citoyens et au nom d’une transition écologique qui se réalisera de façon démocratique. Elle n’exclut cependant aucune solution pour faire entendre sa voix.