On appelle « conspirationniste » quelqu’un qui fait trop de rapprochements entre des faits épars et non reliés. Mais, alors, comment devrait-on appeler celui qui n’en fait pas suffisamment entre des faits pourtant corrélés ou convergents ? Naïf, incurieux, peut-être.

Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu
Respectivement professeur émérite à l’UQAM et professeure retraitée en stratégie des affaires à l’UQAM

Ce texte est conçu pour ceux et celles qui se situent entre ces deux pôles. Pourrait-on les appeler sceptiques, les affubler de cette indispensable qualité de l’esprit scientifique.

Pour notre part, nous avons tout fait pour nous apeurer, entretenir notre anxiété, nous terrifier, nous cloîtrer dans notre appartement, ne faire que des sorties furtives, masquées, distanciées de toute autre forme humaine. Nous avons écouté les propos sombres, vu les visages funèbres des porte-parole gouvernementaux.

Malheureusement, de mauvaises lectures et un vieux réflexe de professeurs de statistiques d’antan ont semé le doute dans notre esprit. Nous avons lu, on s’en accuse, un document secret, sorte de samizdat, au titre trompeur, « Données COVID-19 au Québec », provenant d’une source : acronyme INSPQ (Institut national de santé publique du Québec) !

Ce document prétend contenir toutes les statistiques sur la pandémie. Or, l’étude de leurs données a jeté un doute quasi pascalien dans nos esprits à propos de cette deuxième vague et soulevé de nombreuses questions auxquelles la bureaucratie médicale et politique devrait répondre.

1. La « preuve » indéniable que nous sommes en pleine deuxième vague nous vient de l’augmentation du nombre de tests positifs : semaine du 7 septembre ; 1825 tests positifs ; semaine du 14 septembre ; 2748 positifs ; semaine du 21 septembre ; 3601 tests positifs. Ces cas positifs vont « éventuellement » se traduire en hospitalisations et en morts ! Indéniable deuxième vague ? Alors qu’au plus fort de l’épidémie, 136 438 tests ont été administrés au cours du mois d’avril où 21 664 (ou 15,8 %) se sont avérés positifs, nous constatons que, du 1er au 25 septembre, 337 785 tests ont été administrés et seulement 8214 (ou 2,4 %) se sont avérés positifs. Depuis le début de septembre, on administre deux à trois fois plus de tests qu’en tout temps depuis le début de la pandémie. Imaginons si le taux de positif d’avril s’était maintenu en septembre : ce sont 53 000 tests positifs que l’on aurait observés en septembre !

L’augmentation du nombre de « cas » est-il le résultat de l’augmentation exponentielle du nombre de tests avec une incidence de cas positifs en baisse, ou est-ce vraiment l’indication d’une deuxième vague ? Ce pourcentage de tests positifs en chute (admettant qu’ils ne contiennent aucun faux positif) n’est-il pas une indication que la COVID-19 se résorbe ? Le plus faible taux de cas positifs en Ontario pourrait refléter ce phénomène de résorption progressive.

Les morts ne sont-ils pas la cause principale de la peur généralisée et la justification des mesures extrêmes ? Or, nous savons que cette pandémie a été catastrophique pour les personnes âgées en CHSLD et dans les résidences où l’on compte les morts par milliers, et les autorités devront éventuellement s’en expliquer. Mais cette pandémie n’a coûté la vie qu’à 30 personnes de moins de 50 ans ! La dernière fois qu’une personne de moins de 40 ans est morte de la COVID-19 au Québec remonte au 29 mai dernier.

2. Du 1er au 26 septembre, 52 personnes sont mortes au Québec des suites de la COVID-19. Toutes ces personnes étaient âgées de 70 ans et plus (en fait, 40 % de 80-89 ans et 31 % de 90 ans et plus), et plus de 60 % de ces personnes demeuraient en CHSLD et dans des résidences.

3. Pis encore, alors qu’en avril, 30,7 % des tests positifs provenaient de personnes de moins de 40 ans et 28,4 % de personnes de plus de 70 ans, il se trouve qu’en septembre, 55,3 % des tests positifs proviennent de personnes de moins de 40 ans et que 10,7 % de gens âgés de 70 ans et plus. Donc, une forte pluralité de nouveaux positifs est associée à des gens au très faible risque de mortalité.

4. Voyons les données pour la journée du 27 septembre à 16 h, au moment où l’on se prépare à remettre en place un train de mesures coercitives : 750 tests positifs sur 23 905 tests (ou 3,1 %) ; un mort ; 212 personnes hospitalisées pour tout le Québec (quatre de moins que la veille) ; 37 personnes aux soins intensifs (quatre de moins que la veille).

5. Devant ces données bien connues (ou qui devraient l’être), comment justifier cette prolongation et cette intensification des arguments de peur et des mesures coercitives ? On invoque que l’augmentation des tests positifs laisse prévoir un engorgement des hôpitaux et une mortalité recrudescente. Avec 212 personnes présentement hospitalisées et 37 aux soins intensifs (moins que la veille alors que les tests positifs augmentent) ! L’argument massue : admettons que les jeunes (et les moins jeunes) ne sont pas très malades de la COVID-19, mais qu’ils vont infecter des personnes vulnérables si on ne jugule pas la COVID-19 chez les jeunes.

Si les autorités croient cela, elles devraient orienter les mesures préventives et ses campagnes publicitaires vers l’objectif de limiter les contacts des jeunes avec les personnes vulnérables.

Rappelons-le, et l’expérience québécoise en témoigne : l’organisme américain Centers for Disease Control and Prevention (CDC) établit la probabilité de survie d’une personne atteinte de la COVID-19 selon l’âge ainsi : de 0 à 19 ans, 99,997 % ; de 20 à 49 ans, 99,98 % ; de 50 à 69 ans, 99,5 % ; et de 70 ans et plus, 94,6 %.

Il incombe aux responsables politiques, au su de données indiscutables, de justifier la continuation ou l’intensification de mesures délétères pour la santé mentale, pour l’économie, pour le bien-être général des citoyens du Québec.