Chefs de file chevronnés ou en montée, dirigeants d’expérience ou jeunes premiers, grandes sociétés ou start-ups nouvellement créées, il y a quelques mois déjà vous bâtissiez l’avenir avec confiance, fort d’un élan économique sans précédent. La crise de la COVID-19 a tout freiné. Pire encore, elle nous place dorénavant devant l’incertitude de la pire espèce.

Luc Sirois et Luc de Brabandère
Respectivement directeur général chez Prompt, conseiller stratégique auprès du ministère de l’Économie et de l’Innovation, et auteur et philosophe d’entreprise

Cette crise, en effet, nous rappelle brutalement qu’il y a deux types d’incertitude. Il y a celle qui nous amène vers des carrés de sable connus… en nous cachant simplement lequel. Quand on pense aux élections à venir, aux directions des marchés financiers, aux actions de nos clients, fournisseurs, employés, investisseurs, quand les questions sont omniprésentes il y a incertitude, certes, mais il est possible de penser en termes de scénarios, de « si, alors ». Dans un sens, on sait alors très bien ce qu’on ne sait pas. On « fait du neuf avec du vieux »… C’est l’incertitude face à des possibilités connues, l’exploration de territoires déjà vus.

Avec la pandémie, c’est différent, car visiblement on ne savait pas ce qu’on ne savait pas ! C’est l’incertitude face à des possibilités inconnues, jouer dans de nouveaux carrés de sable, explorer des territoires jamais vus.

Et comme tout bon explorateur, il faut faire preuve d’audace, de courage. Il faut se préparer intensément et choisir d’avancer vers l’inconnu avec fébrilité et ouverture.

Car malgré les inquiétudes, la crise est aussi source de grands espoirs. Oui, elle a révélé des fragilités dans l’organisation économique globale, dans les chaînes d’approvisionnement, par exemple. Mais elle a aussi accéléré la fin de modèles qui périclitaient, confirmé des tendances émergentes, amplifié les transformations numériques tout en créant et imposant de nouvelles habitudes sociales et professionnelles. Nous devons cristalliser ces avancées et bâtir un avenir meilleur. Oui, mais comment ?

Il est inspirant de savoir que la racine étymologique du mot « crise » vient du grec et signifie « faire un choix » ou « décider », accentuant la nécessité de faire des choix dans un moment clé. Or, comment faisons-nous quand il faut choisir dans l’inconnu, quand le carré de sable a été effacé par une vague ? Il faut alors proposer un chemin. Il ne faut pas choisir, il faut induire.

Penser le premier type d’incertitude quand « la question est dans l’air » revient à faire des hypothèses et à déduire pour chaque cas la meilleure stratégie à adopter. Mais quand « la question n’est pas dans l’air », aucune déduction n’est possible. Il faut recourir à un autre mode de pensée : il faut induire les meilleures stratégies. Il faut inventer l’avenir, le provoquer, quelles que soient les turbulences. L’erreur consisterait à ne rien faire.

Les entrepreneurs, les chercheurs et les scientifiques sont habitués aux défis de l’incertain et du vide, aux défis de l’exploration et de l’invention. Il faut s’inspirer d’eux en temps de crise comme en tout temps.

Leur savoir-faire propulse notre capacité d’adaptation et d’évolution comme société. La bonne nouvelle est que le Québec est une terre riche de tels talents par sa recherche, ses universités, ses collèges et son univers entrepreneurial.

Les écosystèmes collaboratifs sont nombreux, que ce soit en intelligence artificielle, en numérique, en cybersécurité, en santé, en innovation sociale. La collaboration entre et avec ces acteurs, encouragée par des organisations spécialisées en création de partenariats sous l’impulsion du gouvernement du Québec comme Prompt, les Regroupements sectoriels de recherche industrielle (RSRI) et la nouvelle société de valorisation amplifie et accélère leur impact. Que ce soit au moyen de conférences, de webinaires ou encore de rencontres informelles, chacun peut avoir sa part à apporter à la conversation.

En travaillant ensemble, ces innovateurs sont la promesse d’un avenir où tout est à écrire, car comme le rappelle Bergson, « l’avenir ne sera pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire ».