Si la génétique du virus SRAS-CoV2, responsable de la COVID-19, n’a guère changé depuis le début de la pandémie, notre connaissance de la maladie, notre capacité à la contrer et la nature de la pandémie ont, par contre, beaucoup évolué.

Normand Mousseau Normand Mousseau
Professeur de physique à l’Université de Montréal*

En effet, nous traitons beaucoup plus efficacement la maladie, particulièrement chez les personnes les plus atteintes, diminuant de moitié, au moins, les risques de mortalité par rapport au printemps dernier. De même, grâce à des mesures de protection plus efficaces pour les personnes les plus à risque, ce qui inclut les personnes âgées et celles souffrant de conditions inflammatoires, les populations touchées par le virus, ces jours-ci, sont généralement plus jeunes et très peu susceptibles de développer des symptômes importants. Ces tendances, qu’on observe dans de nombreux pays, font en sorte que l’augmentation des cas observée dans les dernières semaines ne s’est pas traduite par une explosion de malades de la COVID-19 dans les hôpitaux, même en tenant compte des délais liés à la progression de la maladie chez les personnes touchées.

Malgré cette nouvelle situation, les messages des autorités et les réactions des médias n’ont pas beaucoup évolué : on continue de maintenir un ton alarmiste et accusateur en négligeant les nuances.

Ainsi, les gouvernements envoient des messages contradictoires qui freinent l’efficacité de leur propre stratégie. Alors que les autorités se désolent que le quart des personnes infectées refuse de collaborer aux enquêtes épidémiologiques, elles criminalisent les fêtes, menacent de faire entrer la police dans les résidences et identifient publiquement des individus aux comportements qu’elles jugent inappropriés. Qui, devant un tel discours, voudrait répondre aux enquêteurs dont les promesses d’anonymat ne semblent pas tenues ? Qui voudrait prendre le risque d’identifier des amis et des connaissances pour que les autorités les humilient publiquement ou leur collent une amende salée ?

Tout miser sur le vaccin

Cette approche contre-productive s’explique par le fait que la plupart des gouvernements considèrent la crise comme temporaire et continuent de miser sur le développement imminent d’un vaccin qui permettra de revenir rapidement à la normale. Or, rien ne garantit qu’un tel vaccin sera offert sous peu.

Peut-on imaginer continuer encore des années avec un régime sanitaire dont les règles changent quotidiennement et qui maintient sa population dans un climat d’angoisse constante ?

Des stratégies alternatives sont possibles. Ainsi, le suivi des cas, depuis le début de la pandémie, confirme que l’immunité s’établit largement chez les individus ayant contracté la COVID-19. Celle-ci dure au moins plusieurs mois, possiblement plus – seul le temps le dira. En parallèle, des analyses plus sophistiquées ont montré que, contrairement aux seuils avancés en début de pandémie, l’immunité collective d’une société peut être atteinte avec aussi peu que 20 à 30 % de la population immunisée. En effet, tous les citoyens ne sont pas aussi sociaux et l’immunité doit, avant tout, être acquise par celles et ceux qui ont le plus de contacts.

Ces données sont une bonne nouvelle : en effet, les gens plus sociaux ont tendance à être plus jeunes et, donc, beaucoup moins susceptibles d’être malades, ce qui facilite cette stratégie. Aller de l’avant de la sorte, par exemple, impliquerait que plutôt que d’empêcher les plus jeunes de maintenir des activités sociales, un besoin fondamental à cet âge, il faudrait plutôt assurer que les gestes barrières soient maintenus envers les populations les plus à risque, que ce soit par une distance suffisante, des contacts écourtés ou le port d’un masque lors d’une rencontre rapprochée. Une telle approche, qui respecte tant les gens les moins à risque que les plus exposés, augmenterait progressivement l’immunité collective des populations les plus sociales, ce qui permettrait de réduire grandement la propagation de la maladie sans nécessiter un changement quotidien des règles sanitaires.

Il y a des risques à cette stratégie, tout comme à l’approche improvisée au jour le jour des autorités. Cette suggestion montre toutefois que des alternatives à la politique sanitaire actuelle sont possibles, ce qui souligne l’importance, à mon avis, de discuter des choix politiques qui sont faits pour répondre à cette crise. Il est plus que temps, me semble-t-il, que les autorités ouvrent la discussion sur les hypothèses et les objectifs qui fondent leurs actions.

* L’auteur poursuit des travaux de recherche sur la COVID-19. Analyste des questions à l’interface entre science et société, il termine un livre sur la gestion de la pandémie qui sera publié aux Éditions du Boréal.