La relance post-pandémique présente plusieurs occasions en investissements infrastructurels, en développement de nouvelles industries et en décarbonisation de l’économie.

David Isaac et Vicky Sharpe
Respectivement Mi’kmaq de Listuguj, président de W Dusk Energy Group et présidente fondatrice et chef de la direction de Technologies du développement durable TDDC Canada, ainsi que 9 autres signataires*

À ce tournant historique, il incombe de combler l’endémique déficit infrastructurel autochtone tout en accélérant les avancées locales en écotechnologies porteuses d’avenir.

En dépit de nombreux progrès, des carences autochtones significatives subsistent en autonomie alimentaire, en logements sociaux, en énergie, en gestion des déchets, en traitement des eaux, dans la qualité de l’air, en santé, en éducation, en ce qui concerne les routes, les accès et les transports, pour l’internet, le sociofinancement, l’économie circulaire, etc.

Pour combler un tel déficit, il serait judicieux d’allouer 1 milliard du budget de la Banque d’infrastructure du Canada, une somme bien en deçà d’une allocation paritaire de 5 % (pourcentage autochtone de la population canadienne).

En créant un Fonds public-privé d’infrastructure autochtone (FIA), le Canada entrerait dans une nouvelle étape de réconciliation avec ses premiers habitants, plus pérenne et plus indélébile, améliorant les perspectives économiques et la qualité de vie de tous les Canadiens.

Quoiqu’initié et adossé par le gouvernement fédéral, ce fonds fournirait un mécanisme permettant d’essaimer et de mutualiser d’autres sources notamment provinciales, régionales, autochtones, corporatives, caisses de retraite, coopératives, grandes entreprises, fonds climatiques internationaux, banques, obligations vertes, fonds négociés en Bourse, fonds ESG, etc.

Comment fonctionnerait ce fonds ?

Outre un mandat de rendement d’investissements traditionnel, le fonds aurait un mandat de développement économique non seulement pour augmenter la capacité économique et la résilience climatique autochtone, mais pour stimuler la croissance d’une base industrielle pancanadienne en innovation et en écotechnologies.

En première étape, le fonds s’attaquerait aux gains les plus faciles tels que la construction et la réfection de logements sociaux plus efficaces énergétiquement, le remplacement du diesel par des sources renouvelables dans la génération d’électricité et de chauffage, la gestion de proximité des déchets et des eaux usées, l’amélioration des communications et de l’internet habilitant la télééducation et la télémédecine, la formation de main-d’œuvre spécialisée et d’autres services sociaux et judiciaires.

À plus long terme, le fonds habiliterait une participation autochtone plus grande aux montages financiers pour que les récurrences en dividendes et intérêts soient de plus en plus réinvesties localement dans les collectivités plutôt qu’exportées.

En outre, le fonds permettrait aux autochtones de mieux appréhender les secteurs d’avenir pour ainsi diversifier leurs économies locales et les rendre moins dépendantes des imprévisibles secteurs d’extraction minière et fossile.

Un aspect important du fonds serait de renforcir la résilience climatique des communautés éloignées qui font face à un taux de réchauffement de deux à trois fois supérieur à la moyenne planétaire, avec une augmentation indue en incendies de forêt, en inondations, en tornades, en affaissement du pergélisol, en menaces à la biodiversité, etc.

Un autre objectif important serait de stimuler l’innovation et le secteur des écotechnologies porteuses d’avenir, s’appuyant sur plusieurs décennies d’investissements par les gouvernements fédéraux et provinciaux dans ces secteurs.

Par ailleurs, plusieurs programmes fédéraux et provinciaux attitrés aux autochtones demeurent fragmentaires, de durée et d’envergure inadéquates, avec des chevauchements imprévisibles et trop souvent développés en dépit des communautés et non pas par elles ou avec elles. Plusieurs couches et goulots d’étranglement viennent ralentir les décisions : par exemple, l’accès à des réseaux énergétiques sous contrôle de monopoles d’État dont les plans d’investissements n’élèvent pas toujours les besoins autochtones au niveau de priorités, venant ralentir la diversification énergétique.

Un fonds d’infrastructure autochtone fournirait donc un mécanisme de financement plus souple, ciblé, transcendant, transparent et pérenne, surtout pour les investissements débordant des cadres conventionnels d’une juridiction, d’un ministère ou d’un département.

La nécessité et l’utilité d’un tel fonds ne sont plus à démontrer.

Avec une incidence de pauvreté, de suicides, de criminalité et de pollution nettement plus élevée que la moyenne, les autochtones bénéficieraient grandement d’une recalibration soutenue des investissements en infrastructure, spécialement dans un contexte de reprise économique verte et de réconciliation, et alors que les taux d’intérêt sont à un niveau historiquement bas.

Ce fonds mettrait en valeur une soif de réussir et des compétences autochtones qui, autrement, continueraient de rester en veilleuse par manque d’occasions.

La création d’un tel fonds donnerait une expression tangible aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada tout en stimulant l’innovation et les secteurs industriels porteurs d’avenir.

Il est temps d’agir.

* Cosignataires, leaders autochtones : Roland Willson, chef de la Première Nation de West Moberly, Colombie-Britannique ; Mark Fox, chef de la Première Nation de Piapot, Saskatchewan ; Darcy Gray, chef de la Première Nation Listuguj, Québec ; Sidney Peters, chef de la Première Nation Mi’gmaq de Glooskap, Nouvelle-Écosse. Présidents-directeurs généraux membres de la Table de concertation économique stratégique canadienne : Anthony Ittoshat, président de l’Association inuite des propriétaires fonciers du Nunavik ; DPierre Rivard, membre du Conseil national de recherches Canada, ancien PDG fondateur et président du conseil d’administration d’Hydrogenics Inc. (NASDAQ : HYGS), cofondateur et président du conseil d’administration de TUGLIQ Énergie S. A. R. F. ; Marvin De Vries, ancien PDG de Trojan Technologies ; Frank Came, ancien membre du Bureau du Conseil privé du Canada, ancien membre du Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada ; Laurent Abbatiello, cofondateur et PDG de TUGLIQ Énergie S. A. R. F., collaborateur Ikayu Energy Inc. (Nunavik)