La crise sur les marchés du pétrole a débuté au mois de mars, au moment où l’économie mondiale traversait une période d’instabilité et que la demande de pétrole connaissait un recul important. C’est dans ce contexte que l’Arabie saoudite a déclaré une guerre de prix à la Russie, occasionnant la baisse la plus importante depuis la guerre du Golfe en 1991.

Anthony Gagnon Anthony Gagnon
Étudiant au baccalauréat en sciences économiques et président de l’Association étudiante de sciences économiques, Université de Montréal

Par la suite, le 12 avril, l’Arabie saoudite, la Russie et les États-Unis ont conclu une entente qui prévoyait une réduction de la production de 9,7 millions de barils par jour, soit environ 10 % de la production mondiale. L’entente a eu des impacts sur les prix du Brent et du West Texas Intermediate (WTI), qui servent de référence sur le marché mondial du pétrole, les deux s’étant stabilisés à environ 40 $ depuis quelques semaines. Toutefois, le signal que ces faibles prix envoient à une époque où tout devrait être fait pour limiter la consommation de l’or noir est préoccupant.

La conjoncture qu’on observe depuis mars est intéressante. Cela nous rappelle que les marchés du brut ne sont pas à l’abri de baisses substantielles, la situation actuelle représente donc une bonne occasion de faire le point sur nos politiques publiques en matière de climat. Dans cette perspective, il est important de rappeler que le prix du pétrole a des répercussions tangibles sur le comportement des individus et des entreprises qui en consomment toujours de façon non négligeable en 2020. Actuellement, le signal que les prix envoient a l’effet exactement inverse de ce qui serait souhaité pour en réduire la consommation.

Remarquons que même en période de prix généralement élevés lors des dernières décennies, cela n’a pas empêché que de 1990 à 2018, les ventes totales de produits raffinés ont augmenté de 22 % et les ventes d’essence ont progressé de 47 % au Québec. La demande est donc toujours au rendez-vous pour cette source d’énergie qui fait partie de notre réalité depuis longtemps.

Par ailleurs, si on hésite toujours à changer nos comportements, c’est en grande partie parce qu’à l’heure actuelle, aucune mesure du gouvernement québécois n’est à même d’offrir suffisamment d’incitations et de substituts pour que les différents acteurs de l’économie se tournent vers d’autres types d’énergie de façon importante.

Une telle augmentation des ventes d’essence, dans une période de prise de conscience des enjeux climatiques, le prouve indéniablement.

Comme solution, en 2013, le Québec a mis sur pied un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre. Cette façon d’imposer un coût sur la pollution fait généralement consensus chez les économistes et peut même être enseignée dans un cours d’introduction à l’économie. Aussi appelé marché du carbone, ce système prévoit que le gouvernement fixe un plafond annuel d’émissions qui sont ensuite vendues à raison de quatre fois par année. Dans une perspective de réduction soutenue des GES, il est prévu que ce plafond diminue d’année en année. Le marché concerne présentement les grandes entreprises qui émettent plus de 25 000 tonnes de GES par an et celles qui distribuent des carburants fossiles.

Le juste prix

Le problème lors des dernières ventes aux enchères, qui s’est aussi confirmé dans l’actualité des dernières semaines, a trait aux faibles prix des unités qui sont vendues. En effet, lors de la dernière enchère du 18 août, le prix final a atteint 22,03 $ la tonne, ce qui correspond au prix minimal sur le marché. Pour donner un ordre de grandeur en termes de taxe payée à la pompe, cela engendrerait un supplément d’environ 5 cents le litre. Bien que la dernière enchère ait eu lieu dans un contexte de recul économique important en raison de la pandémie, nul doute que ce prix devra être beaucoup plus élevé pour avoir un réel effet sur les émissions de GES. D’ailleurs, en 2019, le FMI a affirmé qu’un niveau à 75 dollars américains la tonne serait nécessaire d’ici 2030 pour atteindre les cibles de l’accord de Paris.

En somme, une tarification du carbone à son juste prix est plus que nécessaire, le contexte des derniers mois sur les marchés du pétrole n’est qu’une façon de nous le rappeler. On dit souvent que les solutions pour faire face aux changements climatiques existent, le marché du carbone en est la preuve. Pour que cela se transpose dans la réalité, toujours est-il qu’il faudra utiliser cet outil de façon beaucoup plus coercitive. Pourquoi ne pas justement profiter des faibles prix pour mettre en place une tarification plus agressive qui pourrait devenir davantage contraignante si les prix venaient à remonter dans les prochaines années ?