Que de réactions courroucées face au Réseau express vélo (REV) de l’administration Plante ! Un projet qui, répétons-le, faisait partie de la plateforme électorale de son parti en 2017.

Louis-Benoit L’Italien-Bruneau Louis-Benoit L’Italien-Bruneau
Urbaniste

Ces réactions trahissent malheureusement une certaine idée qu’on puisse gérer la place de l’auto à Montréal comme on le ferait dans sa troisième couronne de banlieue. Alors, pour tous ceux qui croient posséder un droit inaliénable à se promener dans la métropole en voiture, certains faits jouent malheureusement en votre défaveur.

D’abord, Montréal est dense. Très dense. Pour une ville nord-américaine, du moins. La raison est simple : la croissance de Montréal s’est faite à une époque où les principaux modes de transport de ses habitants étaient la marche et les tramways. Or, il est notoirement connu dans le monde de l’urbanisme qu’il y a une adéquation entre le mode de transport dominant et la forme que prend le développement urbain.

Bref, pour placer les logements à quelques minutes de marche du tramway et des commerces, il a fallu construire densément.

Et quand l’auto s’est démocratisée, ce tissu urbain serré a été massacré : vous en aurez pour preuve les milliers de logements et de lieux d’emploi qu’il a fallu démolir pour faire place aux infrastructures routières qui pénètrent aujourd’hui dans les quartiers centraux.

Un centre fort

Or, en plus d’être particulièrement dense, Montréal a un centre fort, et ce, tant du point de vue résidentiel qu’économique. Si le préjugé populaire est de penser que le centre-ville est un trou, les faits prépandémie sont tout autres : il s’est construit depuis les années 2000 des milliers de nouveaux logements au centre de Montréal. En plus, avec ses bureaux, ses magasins, ses campus et ses institutions, le pourcentage d’emploi et d’activités au centre par rapport à la région métropolitaine est parmi les plus élevés en Amérique du Nord.

Cette concentration de densité et de centre fort est particulière sur notre continent et nécessite de considérer le problème de manière très pragmatique (et non idéologique, comme le pensent certains) : comment, dans un tissu urbain serré, peut-on transporter un maximum de gens en prenant le moins d’espace au sol possible ?

La triste vérité pour les tenants de l’automobile, c’est qu’une automobile, ça consomme considérablement plus d’espace par personne déplacée par rapport à la marche, au vélo ou aux transports collectifs.

L’automobile a besoin d’autoroutes, de grosses rues et de stationnement. À ce propos, ai-je besoin de rappeler la facture pour réparer l’échangeur Turcot, le pont Champlain, le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et l’autoroute Métropolitaine, tous les quatre de purs produits des années 60 qui tombent en ruine en même temps ? Sans compter qu’une infrastructure de transport, ce n’est pas taxable ! Il y a, dans la plupart des quartiers centraux, un coût de renoncement énorme à utiliser le sol pour accommoder les voitures plutôt que leurs résidants.

Bref, l’auto entraîne des coûts énormes dans une ville dense où l’espace au sol se fait rare ! De manière purement économique et pragmatique, les transports actifs et collectifs sont beaucoup plus appropriés pour une ville comme Montréal. Pour ces raisons, si vous avez choisi d’y faire votre vie et que vous avez deux jambes capables de vous mouvoir, alors j’aurai bien de la difficulté à avoir pitié de vos problèmes de stationnement. Il y a assez d’endroits dans la région métropolitaine où ceux qui ne jurent que par l’automobile peuvent se faire une vie qui leur convient et, à l’inverse, bien peu où ceux qui cherchent une mobilité exempte de l’auto solo peuvent vivre en respect de leurs convictions.